Les meilleurs films de la vie du monde

Jeudi 22 juin 2006

Le grand Meaulnes (Jean-Gabriel Albicocco) 1967

" Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189... Je continue à dire " chez nous ", bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n'y reviendrons certainement jamais. "

Avant qu’à la rentrée ne déferle la nouvelle adaptation du chef-d’œuvre d’Alain-Fournier (par Jean-Daniel Verhaegue), il faut rappeler que Jean Albiccoco a en 1967, avec la caution morale de la sœur de l’écrivain (Isabelle Rivière à qui est dédié le film), tourné une adaptation (définitive) de ce merveilleux roman.

On imagine avec peine comment Yvonne de Galais pourrait être mieux incarnée que par la fragile Brigitte Fossey et qui pourrait surpasser Jean Blaise dans le rôle d’Augustin Meaulnes ?

Pour l’heure, il faut voir Le grand Meaulnes de Albicocco car le réalisateur est parvenu à rester totalement fidèle au roman, restituant même les dialogues-clés, sans pour autant livrer une adaptation servile. Il est arrivé à imprimer sa lecture sans jamais trahir l’auteur et à conserver la féerie et le mystère de l’ouvrage, contentant tout à la fois les exégètes du Grand Meaulnes et les fanas de cinéma.

Si le parti pris esthétique, avec force utilisation de filtres, peut dérouter, il s’avère en réalité efficace pour renouer avec la magie du roman. À ce titre la scène de la fête au domaine perdu est de toute beauté, magnifiquement soutenue par la musique de Jean-Claude Bourtayre.

Film poétique et délicat, Le grand Meaulnes mérite beaucoup mieux que l’oubli dans lequel il est étrangement tenu.

Par Athalide
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Jeudi 22 juin 2006

Les granges brûlées (1973) Jean Chapot 

Un meurtre a été commis dans un coin isolé du Jura à proximité d’une ferme dans laquelle vit une famille sur laquelle veille jalousement Rose (Simone Signoret) une maîtresse femme. Un juge d’instruction (Alain Delon, impérial) est envoyé pour enquêter. Rapidement, il suspecte un des fils de Rose…

Le film signé Jean Chapot, mais en réalité dirigé pour partie par Alain Delon lui-même, est assez représentatif d’une certaine qualité 70 dont faisait preuve le cinéma français. Un scénario bien construit, d’excellents acteurs tant pour les têtes d’affiche que pour les seconds rôles (Jean Bouise, Paul Crochet, Christian Barbier, Miou-Miou, Bernard Le Coq, etc.), les paysages superbes du haut Doubs en toile de fond et une peinture réussie de l’âpreté du quotidien de ces habitants durs à la tâche, concourent à rendre ce film attachant.

Un beau long métrage que ne parvient pas à gâcher la bande originale ratée signée par un jeune débutant de la musique électronique (Jean-Michel Jarre).

Par Athalide
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Jeudi 29 juin 2006

Hana-bi (1997)

Hana-bi est un film aussi remarquable qu’inracontable tant les histoires s’entremêlent avec habileté. Nishi (interprété par Kitano) est un flic dur et désabusé cherchant à faire face à l’adversité. D’un côté, il essaie de réconforter un de ses collègues handicapé à vie à la suite d’une intervention ratée, de l’autre de soutenir sa femme condamnée par un cancer. Nishi se débat afin de surnager dans cet océan d’affliction et décide d’emmener son épouse pour un dernier voyage pour lui montrer son amour et lui redonner le goût de la vie afin de l’accompagner sereinement vers la mort. À cette fin, il cherche à la protéger de la dure réalité du monde.

Kitano fait souffler le chaud et le froid et entraîne son spectateur dans un monde où les paroles sont rares et où les émotions les plus intenses passent par les regards. Film d’un amour immense et film sur la mort, Hana-bi tour à tour polar efficace, long métrage sentimental et violent, triste et humoristique envoûte et surprend. Formellement splendide, avec une mise en scène proche de l’épure, ce film magnifiquement soutenu par la musique de Joe Hisaishi est assurément un des sommets de l’histoire du cinéma et à coup sûr le meilleur Kitano.

Par Athalide
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Vendredi 30 juin 2006

J'accuse (1938) Abel Gance

Dans les tranchées, un soldat fait promettre à Jean Diaz de s’occuper de sa femme s’il n’en revient pas. Au lendemain de la Grande guerre, l’ancien poilu tient parole. Mais peu à peu il délaisse l’épouse de son ancien camarade afin de se consacrer à la création d’un verre indestructible. L’imminence de la guerre le hante, dès lors il va consacrer sa vie à tenter de l’éviter…

En 1937, la conjoncture internationale décide Abel Gance de réaliser une nouvelle version de son film J’accuse tourné en 1919. Le film, réquisitoire contre la guerre, est un chef-d’œuvre qui doit beaucoup à Victor Francen (dans le rôle de Jean Diaz). L’acteur en visionnaire halluciné, formidable d’intensité, est habité par son rôle de pacifiste. Le moment où il lance son " J’accuse ", véritable réquisitoire contre les va-t’en-guerre et pour la paix est d’une vérité saisissante.

Le film marquera les esprits avec la scène finale où Jean Diaz invoque les morts de la Première Guerre mondiale à l’ossuaire de Douaumont pour empêcher la guerre. Dans une ambiance apocalyptique, les tués de 14-18 se relèvent et marchent pour faire barrage à la guerre.

En 1937, Abel Gance pressent la catastrophe qui va s’abattre sur l’Europe et livre avec J’accuse une œuvre humaniste et visionnaire, par laquelle il tente vainement de convaincre les opinions publiques et les gouvernements de renoncer à la guerre qu’il sent imminente. On sait malheureusement ce qu’il est advenu : un an plus tard l’Europe puis le monde se trouvaient une nouvelle fois emportée dans la tourmente de la guerre…

NB : Pour des raisons obscures, le film n’est malheureusement toujours pas disponible en DVD.

Par Athalide
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