Les meilleurs albums-de-la-vie de-l'univers

Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 13:55
Ancien membre – et cheville ouvrière – des Impressions, il faut attendre ses débuts en solo pour que Curtis Mayfield donne la réelle mesure de son immense talent. Il entre triomphalement dans les années 70, en livrant à un rythme soutenu des albums de haute volée caractérisés par des arrangements innovants, riches et sophistiqués soutenus par une voix au timbre très particulier.

Il fait durant les cinq premières années de la décennie 70 un parcours sans faute, enchaînant les albums de qualité. Ainsi, son premier opus Curtis à la production impeccable lui permet de truster en 1970 les hits-parades mondiaux avec son tube inoxydable « Move on up ». Par la suite, le bon Roots (1971) et surtout la très remarquée bande originale du film Superfly (1972) lui permettent de s’affirmer comme une valeur sûre de la musique soul. Mais loin de s’endormir sur ses lauriers, Curtis poursuit ce brillant parcours grâce à l’excellent Back to the world (1973).

Ses dernières livraisons jusqu’en 1975 (avec notamment There’s no place like America today) présentent encore beaucoup d’intérêt. Puis, Curtis Mayfield se tourne vers une musique plus consensuelle et moins originale, sombrant souvent dans une facilité à laquelle il n’avait, jusque là, pas habitué son public. De la soul on le voit progressivement céder aux sirènes du disco (v. le très dansant « You are you are ») musique dont, d’une certaine manière, il avait contribué à poser les jalons.

Au début des années 80 la popularité de Curtis Mayfield décline, mais sa redécouverte par les rappers, qui samplent à tour de bras son œuvre, permet au chanteur à la voix d’or de sortir d’un quasi-anonymat. Il continue alors à publier de nombreux albums sans pourtant renouer avec l’état de grâce du début des seventies. Continuant inlassablement à défendre sa musique sur scène à la tête d’une jeune formation, c’est lors d’un concert qu’un accident va faire basculer sa vie. La chute d’une rampe d’éclairage au cours d’une prestation scénique le rend tétraplégique et le cloue jusqu’à sa mort dans un fauteuil roulant. Mais il en faut plus à Curtis pour le réduire au silence. Il poursuit son travail en studio (dont le remarqué New world order). Mais sa santé reste chancelante et son diabète contraint le corps médical à l’amputer d’une jambe. Finalement, la mort en décembre 1999, finit par avoir raison d’un des musiciens les plus doués de sa génération.

En France, Curtis Mayfield fait figure d’inconnu en comparaison de l’impact qu’eurent Marvin Gaye ou Isaac Hayes. Son influence est pourtant énorme et son apport à la musique, indéniable et considérable. Avec Norman Whitfield (arrangeur notamment des Temptations) il aura contribué à renouveler les bases des orchestrations et des arrangements de la musique pop. Rien qu’à ce titre seulement il mériterait des remerciements éternels. Mais il fit encore beaucoup plus, en nous léguant quelques chefs d’œuvres insurpassables. C’est dire combien il mérite notre reconnaissance.

Figure de proue d’une soul élégante, sensuelle et adulte dans laquelle les préoccupations politiques de l’époque et les revendications sont toujours très présentes, Mayfield mérite d’être redécouvert et estimé à sa juste valeur : inestimable.

 

 

 Back to the world (1973)

Back to the world / Future Shock / Right on for the darkness / Future song / If I were only a child again / Can’t say nothin’ / Keep on trippin’

            Un des sommets de la carrière de Curtis Mayfield et un des sommets de la musique pop. Des arrangements à faire pâlir d’envie n’importe quel musicien d’aujourd’hui, reflet d’une époque (eh, oui ça a existé !) où les maisons de disques et les artistes ne lésinaient pas sur les moyens. Une section rythmique à tomber (qui font passer le batteur et le bassiste des Rolling stones pour de sinistres amateurs) des cuivres percutants, des violons au charme discret et une guitare rythmique – tenue par Curtis lui-même – qui nous rappelle combien son style de jeu fut innovant et copié sans vergogne par les générations suivantes.

            Les textes très souvent engagés sont à l’image de la musique : d’une finesse et d’une efficacité redoutable. Curtis convoque l’Amérique et lui renvoie au visage sa face obscure, celle des opprimés et des oubliés du système. Ce Retour au monde n’est pas celui de l’Amérique triomphante mais un monde dur et cruel, celui des ghettos noirs, celui de la boue des rizières du Vietnam (« Le soldat n’a pas de boulot de retour au monde » chante-t-il) .

            Ce monde de ténèbres, Curtis le chante avec douleur mais sans résignation. Porte-parole des déshérités et des laissés pour compte, ce chroniqueur attentif cède parfois au découragement. Incrédule devant cette somme de douleur et de misère (« Oh, la la la la, c’est si dur, c’est si dur / C’est si dur, la vie est si dure / On m’a cogné et cambriolé (…) » [Back to the world]), on le surprend au détour d’un couplet à regretter le monde rassurant de l’enfance, seule échappatoire à cet univers violent : « Si seulement j’étais à nouveau un enfant / Je ne voudrais jamais m’aventurer encore / Dans une vie comme celle là » (If I were only a child again).

   Quant à « Right on for the darkness », extraordinaire morceau de bravoure, chef d’œuvre absolu d’une noirceur abominable, il aura raison des plus sceptiques quant au talent de Curtis, tant elle recèle en elle tous les apports que la musique moderne doit à ce musicien raffiné et exigent.

         

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 14:16

Formation britannique remaniée au gré des années et appartenant à la mouvance rock progressive. Formée en 1969 par Robert Fripp, Michael Giles et Greg Lake sur les ruines encore fumantes du groupe Giles Giles & Fripp, le groupe sort un premier album novateur et explosif (In the court of the Crimson king, 1969), manifeste du rock progressif et qui influencera durablement ce mouvement naissant. Puis après un deuxième album raté (In the wake of Poseidon, 1970), Fripp organise un premier remaniement de personnel et sort la même année dans un autre registre le déroutant Lizard . La formation ne dure que le temps d’un album. L’exigeant guitariste leader décide de s’entourer de nouveaux musiciens et fait paraître le subtil Island. Mais il faut attendre l’album suivant pour que Fripp trouve enfin la formule presque définitive de son trio à la tête de laquelle il écrira quelques-unes des plus belles pages du rock progressif et de la pop-music avec les albums Larks tongues in aspic (1973), Starless and bible black et Red (1974). Puis le groupe est dissous. Fripp décide au début des années 90 de réactiver le « monstre » avec une formation entièrement nouvelle dont les albums, pas toujours très intéressants, ne sont pas parvenus à faire renaître la magie de l'épopée royale des seventies.

Red (1974)

Red / Fallen angel / One more red nightmare / Providence / Starless

Dernier album avant la fermeture presque définitive de l’expérience King Crimson, le trio augmenté des habitués des sessions du Roi pourpre (David Cross, Mel Collins et Ian McDonald) livre un opus saisissant, oscillant entre violence retenue et climats oniriques. Le groupe, chauffé à rouge, démontre que la formation a atteint une cohésion et une pleine maîtrise technique qui ne tourne jamais à la démonstration gratuite mais est toujours mise au service des compositions. De pourpre, le roi devient rouge, rouge comme la zone atteinte par les aiguilles des vumètres de puissance, car le groupe n’a jamais joué avec autant de rage, de détermination. Ce déferlement de guitares électriques n'a rien de sauvage, il est contenu et n’a que plus d’impact. Mais la musique du King Crimson sait être, aussi et surtout, voluptueuse et envoûtante à l’image de « Starless » synthèse de la carrière du groupe toute époque confondue et chef-d’œuvre absolu de l’ère pop au même titre d’ailleurs que « The night watch » sur l’opus précédent. Cet album et son ultime morceau ne pouvaient conduire le roi pourpre qu’à s’auto-destituer afin d’éviter une redescente aussi brutale qu’inévitable. L’ombre du monarque exilé n’a cependant pas fini de planer sur les générations progressives amenées à lui succéder.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 17:01

Après un début de carrière de chanteur « rive gauche », il « retourne sa veste » écrit pour la génération yéyé et se rapproche de la sensibilité pop dans ses albums personnels. Parolier habile, compositeur prolixe et inspiré il va tout au long de sa carrière inonder la scène française de sa production, directement ou par chanteurs interposés. Alternant chansons faciles et morceaux exigents, faisant parfois preuve d’une complaisance coupable, il imposera durablement sa marque sur la production française.

Ce n’est que très tardivement que ses albums parviendront à toucher le plus grand nombre, alors même que sa production la plus intéressante se trouve déjà derrière lui. Cédant aux provocations faciles et aux productions dans le vent, sa fin de carrière, même si elle est jalonnée de morceaux encore intéressants, n’est plus portée par un véritable souffle créateur.

Histoire de Melody Nelson (1971)

Melody / Ballade de Melody Nelson / Valse de Melody / Ah! Melody / L'hôtel particulier / En Melody / Cargo culte

S’il n’y en avait qu’un à retenir, dans la production pourtant abondante de Gainsbourg, ce serait Histoire de Melody Nelson, tant la grâce et la beauté s’y trouvent mêlées. Ce disque dont les bases rythmiques furent enregistrées à Londres et les cordes en France, doit énormément à Jean-Claude Vannier. Ce dernier, musicien et orchestrateur autodidacte inspiré, a fait plus qu’arranger l’album : il lui a donné cette couleur si particulière et livré à Gainsbourg, étonnamment en panne d’inspiration, des mélodies délicates s’insérant harmonieusement dans la livraison du maître-pygmalion. Ce véritable album concept, narrant l’histoire d’un amour contrarié avec une (très) jeune fille, dévoile ses charmes au gré d’une musique variée entraînant l’auditeur dans les climats étranges du morceau d’ouverture (repris à la fin), à la valse soyeuse et mélancolique, en passant par le rock très typé 70 (« En Melody ») et les ballades envoûtantes (« Ah ! Melody »). Gainsbourg ouvre, avec cet album concept, la boite de pandore de ses fantasmes « lolitesques » hiératiques qu’il égrènera encore dans deux albums intéressants mais inégaux (L’homme à tête de chou et You’re under arrest). Échec commercial à sa sortie, il faudra attendre presque vingt ans pour que le disque trouve enfin son public et devienne culte.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 17:23

Ce fils de pasteur débute sa carrière comme batteur de studio, mais son ambition est de devenir chanteur. Il y parvient tant et si bien qu’il s’impose comme l’une des figures de proue de l’écurie Motown, chez qui, durant les années soixante, sa carrière oscille entre bluettes légères et sucrées, duos inoubliables (« Ain’t no mountain high »), duos épouvantablement mielleux et tubes en acier chromés garantis inoxydables (« Can I get a witness », « I heard it through the grapevine »). À l’orée des années 70, sa carrière prend un tour fort différent, moins commerciale et plus politique. Pourtant, ces années marquent le début d’un déclin car l’homme est en proie à des difficultés sentimentales et à des problèmes de drogues et d’alcools. Marginalisé, exilé un temps en Europe, il revient au début des années 80 avec un album surprenant et un hit fracassant (« Sexual healing »). Malheureusement, si l’artiste se redresse, l’homme continue de sombrer entre drogues, alcool et dépression. Revenu au domicile familial pour y trouver réconfort et pour tenter de surmonter ses démons, il sera abattu par son père au cours d’une altercation dans la maison familiale, ce dernier craignant pour sa vie.

 What's going on (1971)

What's going on / What's happening brother?/ Flyin' high (in the friendly sky) / Save the children / God is love / Mercy mercy me (the ecology) / Right on / Wholy holy / Inner city blues (make me wanna holler)

Paru en 1971, What's going on est sans doute une des plus belles face A de toute l’histoire discographique pop et un album à l’image de son auteur : la classe et l’élégance personnifiée. Si le disque débute par un tube (et quel tube !), « What’s going on », les plages suivantes enchaînées les unes aux autres entraînent l’auditeur sur des rivages lointains, porté par la voix envoûtante du grand Marvin qui n’a peut être jamais aussi bien chanté. Côté texte, l’icône de la Motown aborde la désespérance de ses compagnons de misère en échangeant, pour une chanson, sa place avec son frère envoyé au Vietnam pour le bouleversant « What’s happening brother ? » narrant le retour au pays d’un GI. Puis, il égrène comme un chapelet les thèmes au cœur de ses préoccupations : la drogue (avec le déchirant et douloureux « Flyin’ high in a friendly sky »), l’avenir de la planète et des enfants (« Save the children »). Mais l’album, qui dresse un amer constat de la situation du monde, ne sombre pas dans le désespoir car Marvin Gaye a trouvé la solution à tous ses problèmes : Dieu. Et aussi athée qu’on puisse être, on se laisserait bien convertir à l’écoute de « God is love » tant sa joie de chanter est communicative. Loin de s’arrêter en si bon chemin, Marvin poursuit son combat pour l’écologie avec le splendide « Mercy, Mercy me ». La suite de l’album pourtant de qualité (« Inner city blues ») ne peut qu’être occultée par cette première face proche de la perfection. Marvin Gaye a donné là, il le sait, son chef-d’œuvre. Sur le superbe cliché de la pochette, son visage semble exprimer la fierté qui le partage à la détermination des combats à mener.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 17:45

Celui qui forma avec Paul McCartney l’une des paires de compositeurs les plus importantes de la musique pop, va dans l’immédiat après Beatles enfanter coup sur coup deux chefs-d’œuvre (Plastic ono band en 1970, puis l’année d’après Imagine ) avant de sortir plus épisodiquement des albums moins inspirés et oubliables (Sometimes in New-York city, Mind games, Walls & bridges). Après la publication en 1975 de  Rock’n’roll, constitué uniquement de reprises, John le scandaleux s’enferme dans son immeuble New-Yorkais pour se consacrer à sa tâche de père de famille et met ainsi sa carrière entre parenthèse pendant près de 5 ans. Il sort de son silence en 1980 avec un album partagé pour moitié avec son épouse Yoko Ono (Double fantasy). L’album est en soi un événement puisqu’il met un terme à une longue absence discographique, même s’il s’avère musicalement décevant. Lennon a alors une foultitude de projets en tête dont celui de remonter sur scène. Mais, les balles d’un déséquilibré en décembre 1980, mettront un terme à tout projet et tueront définitivement l’espoir d’une reformation des Beatles.

 Plastic Ono band (1970)

Mother / I found out / Working class hero / Isolation / Remember / Love / Well well well / Look at me / God / My mummy's dead

Avec Plastic Ono band, l’ex-Beatles en pleine déréliction et thérapie du cri primal Janovienne livre à la planète pop le premier disque confession. Cet acte d’un désespéré sur le chemin de la guérison sera imité à de nombreuses reprises sans, à quelques exceptions près, y retrouver cette sincérité poignante. Ce disque écrit à la première personne, dans lequel il se livre sans fard, est enchâssé dans un chiasme où le tendre et bouleversant « My mummy is dead »  répond douloureusement au martial et distant « Mother » ouvrant l’album. Le disque oscille entre violence (« I found out », « Well, well, well », « Remember ») et tendresse douloureuse (« Love », « Look at me », « Isolation »). Lennon y assène ses combats sociaux (l’important « Working class hero ») et ses vérités révélées (l’extraordinaire « I found out »). Tout y passe, ses origines sociales, ses parents, son statut de star adulée, ses problèmes relationnels, son encombrante image d’ex-Beatles qu’il révoque avec « God », inventaire-confession des désillusions d’un être en quête de sa véritable identité. Le « rêve est fini » annonce Lennon : il vient, sans le savoir, de mettre un terme aux années 60.  Avec la dernière chanson de l’album, la boucle est bouclée et l’auditeur ressort abasourdi de cette vertigineuse introspection confiée au public. Lennon est parvenu à la prouesse de livrer un album confession, sans concession qui ne cède ni à la facilité, ni ne sombre dans le voyeurisme et le vulgaire. Il faut saluer le travail accompli par Spector (co-producteur), Ringo Starr (Batterie) et Klaus Voorman (Basse) donnant à cet album un son brut si particulier, entre minimalisme et reliquat du son Beatles période Double blanc, permettant à Lennon de développer une prestation vocale tout simplement ahurissante, quelque soit le registre employé.

Album exigeant, moins facile d’accès que le suivant (Imagine), il est sans doute la contribution la plus importante – hors période Beatles – qu’a livré Lennon à l’histoire de la musique populaire.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 18:26

Magma et son démiurge Vander sont inclassables, ni tout à fait pop, ni tout à fait jazz, ni même classique. Ils ont imposé un univers, des codes, une langue, une mythologie et une musique synthèse de différents courants du XXe siècle entre Coltrane et Stravinsky, Jazz rock et pop-rock. Magma, expérience à part à base d’exigence et de combat, est avant tout une quête d’authenticité, de pureté. Une machine de guerre édifiée pour imposer une certaine idée de la musique, loin des contingences commerciales, du star-system et du milieu cloisonné du jazz. Une machine pour faire exploser les frontières musicales et qui malgré ses rites et ses codes affiche une vocation universelle, entre chanson de geste et compagnonnage initiatique. Magma est aussi une formidable pépinière de talents, un all-stars sans stars, véritable creuset ayant réuni en son sein quelques-uns des meilleurs techniciens  et requins de studios (Bernard Paganotti, Guy Delacroix, Jannick Top, Didier Lockwood). La section rythmique impressionnante de rigueur, d’intensité et d’imagination est mise au service d’une musique raffinée, difficile et exigente faite de tensions et d’explosions brusques et soudaines. Magma après près de trente ans d’existence et un seul faux pas, continue de creuser son sillon dans le silence médiatique le plus total, sans doute Vander sait-il que le temps lui donnera raison envers et contre tous s’il le faut.

 Attakh (1977)

The last seven minutes / Spiritual / Rindë / Liriïk necronomicus Kanht / Maahnt / Dondai / Nono

Attahk n’est peut-être pas l’album le plus habité de Magma, les puristes lui préféreront sans doute Mekanïk Destructïw Kommandöh (1973), mais il offre néanmoins une bonne synthèse de ce que représente Magma et une excellente porte d’entrée dans cet univers unique et cohérent. Loin des longs développements habituels, l’album est constitué de titres courts (pas plus de sept minutes) et efficaces d’une beauté évidente pour qui y prête un minimum d’attention. Entre respiration et déchaînement vital, cet album contient quelques-uns des titres les plus violents de toute l’histoire de la pop. Loin de la violence théâtrale, vaine, frénétique - voire comique - des groupes de Hard-rock, celle de Magma est un déchaînement maîtrisé d’une force contenue. La section rythmique est impressionnante de cohésion, de vélocité et de puissance, mais le plus remarquable réside dans la performance vocale de Vander, qui fait preuve d’un sens du placement et de la nuance oscillant entre prière incantatoire et scat véloce, negro spiritual et blues post-moderne. Il démontre qu’il n’est pas seulement un très grand batteur mais également un immense chanteur doublé d’un compositeur accompli. Entre des compositions magmaïenne, Vander rend un hommage appuyé au Gospel, avant d’achever l’album sur un morceau sombre et oppressant qui parachève un album parfait de bout en bout.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 18:43

Aphrodite’s child, reste aujourd’hui encore, le groupe de rock grec le plus connu dans le monde. Le trio était composé de Loukas Sideras, Demis Roussos (à la basse) et de Vangelis Papathanassiou plus connu aujourd’hui sous le nom de Vangelis (aux claviers). Le groupe connaît son premier succès en 1968, "Rain and tears" adapté du canon de Pachelbel avec des paroles de Boris Bergman. Puis la formation va enchaîner les succès entre ballades langoureuse (« It’s five o’clock ») et titres plus rocks. Le groupe après un dernier album (666) se sépare en 1972.

 666 (1971)

Sorti en 1971, le double album 666, pochette rouge ornée du chiffre du malin, puise son inspiration dans l’Apocalypse de Saint-Jean. Le disque surfe avec succès sur la mouvance 70 faisant alterner compositions à la limite de l’expérimentation et d’autres plus conformes aux canons pop habituels. Si le disque contient quelques titres très (trop ?) typées 70, il recèle également un grand nombre de bonnes, voire excellentes, compositions (« Seven horses » et surtout l’extraordinaire « Aegian sea » qui conduit l’auditeur de l’ataraxie à l’angoissante chute des étoiles). Une occasion de redécouvrir un groupe trop souvent réduit à quelques tubes et de se rappeler que Demis Roussos fut un authentique chanteur rock sachant servir des compositions ambitieuses au sein d’un groupe placé sous la férule du magicien Papathanassiou sous lequel perçait déjà Vangelis.

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 22:43

L'un des grands inconnus de la pop française, devenu l'un de ses grands oubliés. On sait bien peu de choses de René Joly. Natif du nord de la France, il débute à la batterie,  descend à Paris pour tenter sa chance, enregistre un disque avec Manset et connaît le succès avec  « Chimène ». Se succèdent ensuite encore quelques simples remarquables marquant pourtant la fin d'une collaboration éminemment fructueuse. Ensuite, il croise la route d'Etienne Roda Gil  et créent ensemble L'enfant qui de temps en temps ne voulait plus être un enfant. L'album ne rencontre pas de succès, débute alors un parcours du combattant pour tenter de revenir sur le devant de la scène. Il participe à l’aventure de Starmania, interprétant le rôle de Roger-Roger. Et c’est de nouveau une éclipse jalonnée de simples oubliables tels que "Saravah" en 1983 (signé Barbelivien). Depuis, de déconvenue en déconvenue, celui qui chantait "Chimène" ne parvient plus à attirer de nouveau vers lui les yeux du public.

Chimène (1970)

Chimène / Château de craie / L'amour fut doux / Princesse / Les yeux d'Elia / L'amour vivant / Sombre fortune / L'or / Le parfum d'un fleur

 

 À la première écoute, l’auditeur ne peut qu’être dérouté, tant cet album se situe en marge de la production française. Dire que le disque est original est un euphémisme. C'est en effet, une expérience sans équivalent laissant l’impression tenace d’être entre présence tout à la fois  d’un album musicalement trop daté et comme situé hors du temps.

Le disque opère une distanciation subtile en même temps qu’il est doué d’un pouvoir d’envoûtement grâce à cette voix de tête si particulière, cette façon de chanter qui n’appartient qu’à lui. Et puis surtout, il y a ces compositions étonnantes aux climats si étranges qui tiennent tout à la fois de la  féerie (« Le château de craie ») et du mauvais rêve (« Le parfum d’une fleur »). Les arrangements originaux et somptueux tout en délicatesse, se refusent aux effets faciles et au clinquant. Les paroles sont à la mesure de l’écrin sonore façonné par Manset, subtiles et entêtantes souvent oniriques, comme exhumées du fond des âges.

Ce disque de Joly à la couleur bien particulière est un joyau aux subtiles nuances, porté par une voix aisément reconnaissable même lorsqu’elle est maquillée sur « Chimène » d’un flanger du meilleur effet. Ce titre sera d'ailleurs le seul tube de l’album et le premier morceau à utiliser la technique du phasing née des expérimentations de Bernard Estardy (ingénieur du son) et Gérard Manset.

Joly nous transporte dans son univers oniriques, ses climats d’automnes mordorés, ses paysages peuplés de princesse (« Princesse ») de châteaux enfouis au fond des forêts (« Château de craie »), de jeunes femmes évanescentes et mystérieuse (« Les yeux d’Elia »), évoquant des souvenirs amers d’amours perdus (« L’amour fut doux », « L’amour vivant »), de destinée fatale (« Sombre fortune ») et d’amitiés gâchées (« L’or »), le tout soutenu par des orchestrations aériennes où les violons omniprésents s’entremêlent au piano, aux flûtes et aux guitares acoustiques créant une atmosphère unique et inoubliable. Difficile de ne pas succomber aux effluves ensorceleuses de ce disque sans équivalent.

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 23:13

Mélodiste de génie, ayant participé à l’une des plus grandes opérations de dépoussiérage de la musique populaire au sein des Beatles, cet homme a écrit quelques-unes des plus belles pages de la pop. Devenu pour toujours un ex-Beatles, il a mené après la dissolution du groupe une carrière prolixe et à bien des égards intéressantes, que la presse rock a constamment sous-évaluée.

Ram (1971)

Too many people - Three legs - Ram on - Dear boy - Uncle Albert/Admiral Halsey - Smile away - Heart of the country - Moonkberry moon delight - Eat at home - Long haired lady - Ram on II - The back seat of my car

Ram est sans doute l’album le plus inspiré de l’ex-Beatles. S’il ne contient pas ses tubes les plus mémorables, il regorge au contraire de chansons inoubliables aux mélodies et arrangements efficaces et séduisants. Sur ce disque, il fait encore la preuve de son éclectisme et de sa capacité à être à l’aise dans tous les genres, de la ballade faussement country (« Heart of the country ») à la chanson rock (« Smile away »), en passant par les mélodies douces amères (« Ram on »), jusque dans la chanson à tiroir avec force enchevêtrement de thèmes (« Uncle Albert /Admiral Delsey »). Mais c’est surtout dans ce qu’il faut bien appeler les « ballades typiquement McCartienne » qu’il atteint les sommets de son art : donnez lui un piano et il dévoile bien souvent tout son génie mélodique (« Back seat of my car »).

Le plus étonnant chez Macca, c’est sa capacité, même dans ses morceaux les plus faibles (« Too many people »), de produire du joli et dans ses meilleurs moments du beau, de l’indubitablement beau, des mélodies simples et directes qui vont droit au cœur dès la première écoute. Et par-dessus tout, il a ce don rare de distiller des compositions respirant la joie de vivre (« Uncle Albert /Admiral Delsey »), la bonne humeur communicative (« Heart of the country »).

La parenté de certains morceaux avec la production Beatles est encore patente : Paul a encore du mal à s’écarter, pour le plus grand plaisir de l’auditeur, du chemin tracé par son ancien groupe (mais diable, pourquoi faudrait-il qu’il s’en écarte). Sans doute faut-il voir à travers certains titres, dont le splendide « Dear boy », la volonté de métisser les harmonies vocales typiquement Beatles à celles des Beach boys, et qui aboutira à produire le son typiquement Wings. En écoutant cet album, Lennon verra dans une des chansons (« Too many people ») une attaque en règle contre Yoko et lui, attaque à laquelle il répondra sur son album Imagine avec « How do you sleep ? », chanson autrement plus fielleuse et vacharde.

La déroutante pochette faite main, composée de coloriages maison et de diverses photos prises par Linda fera couler beaucoup d’encre. En effet, à l’intérieur de la pochette, une photo montrant deux scarabées en train de copuler laissera les fans des Beatles dubitatifs. La petite histoire veut que Lennon lorsqu’on lui rapporta la signification de l’acronyme Lily figurant sur le recto de la pochette (Linda I Love You) eut un rire amer à l’encontre de son ancien coéquipier.

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Jeudi 23 février 2006 4 23 /02 /2006 15:37

Led Zeppelin est à juste titre considéré comme le pionnier de ce que l’on appelle aujourd’hui le hard-rock. Ce quatuor britannique composé majoritairement de requins de studios va révolutionner la pop en systématisant un traitement sonore caractérisé par une guitare omniprésente, une basse et une batterie lourdes et un chanteur à la voix haut perchée ouvrant ainsi la voie à une multitude de suiveurs. L’aventure Led Zeppelin est avant tout une immense opération de recyclage (certains parleraient de pillage) du patrimoine rythm’n’blues et rock consistant à radicaliser le traitement des titres en mettant à vif les arêtes les plus saillantes. Le tout débouche sur une musique excellemment bien produite qui, à défaut d’être nouvelle, est originale. Par la suite, d’autres groupes s’engouffreront dans la brèche ouverte par le dirigeable de plomb en radicalisant encore davantage le traitement afin de faire oublier les racines rythm’n’blues du début : jouer de plus en plus vite, de plus en plus fort et hurler de plus en plus haut. Chose étonnante cette musique issue du fond commun de la musique noire ne comptera, parmi ses représentants les plus fameux, aucun membre de cette communauté. Cette dernière préférera le Reggae ou le Rap comme véhicule de leurs revendications sociales et de leurs luttes. Ce choix est révélateur, il indique combien ce type de musique est finalement vain et superficiel : le hard-rock contrairement à l’image de révolte et de violence qu’il affiche, n’est absolument pas un véhicule de rébellion et de revendication sociale. Le hard-rock, encore plus que le rock, est foncièrement misogyne et réactionnaire : il est au mieux un défouloir au pire inepte.

   

LED ZEPPELIN IV (1971)

Black dog / Rock'n'roll / The battle of evermore / Stairway to heaven / Misty mountain hop / Four sticks / Going to California / When the levee breaks

La rationalité commanderait de choisir parmi les deux premiers albums du dirigeable tant ils contiennent déjà le principal, à savoir les bases du hard-rock. Le choix de Led Zeppelin IV est presque entièrement dû à la présence sur ce disque de " Stairway to heaven ", un des chocs musicaux absolus qui vous met, à la première écoute, la tête en feu. Ce titre est une immense synthèse où l’on trouve tout à la fois le bucolisme de la ballade d’un vieux trouvère avec guitare et flûte, l’esprit rock avec l’entrée de la section rythmique carrée et ce final où s’opère le déchaînement des éléments entraîné par Page le sorcier qui livre un chorus de guitare d’anthologie avant de finir sur la puissance vocale jubilatoire de Plante. Pour le reste l’album paraît presque s’effacer devant ce roc monumental. Pourtant il recèle d’excellents titres tels le très mystique et moyenâgeux " The battle of evermore", ou les musclés "Black dog" et  " Goin’ to California " en passant par le rock revisité (" Rock'n'roll "). Avec cet album le groupe termine l’écriture d’une page essentielle du rock, les opus suivants chercheront à explorer d’autres pistes, prenant de plus en plus de liberté avec le fond commun rhythm’n’blues pour se diriger vers une musique plus progressive.

Par Athalide - Publié dans : Les meilleurs albums-de-la-vie de-l'univers
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