Dernière lettre de Stefan Zweig à Friderike

Publié le par Athalide

Pétropolis le 22 février 1942

Ma chère Friderike,

            Quand tu recevras cette lettre, je me sentirai bien mieux qu’auparavant. Tu m’as vu à Ossining, et, après une bonne période de calme, ma dépression m’a accablé de plus belle – je souffrais tellement que je ne pouvais plus me concentrer. Et puis la certitude – la seule que nous eussions – que cette guerre durerait des années, qu’il faudrait une éternité avant que, dans notre situation, nous puissions retrouver notre foyer, cette certitude était trop décourageante (…) J’étais trop fatigué pour supporter cela. Tu as tes enfants, donc un devoir à accomplir, tu as de vastes champs d’intérêt et une énergie intacte. Je suis certains que tu verras des temps meilleurs, et tu me donneras raison de n’avoir pu attendre plus longtemps avec ma « bile noire ». Je t’écris ces lignes dans les dernières heures, tu ne peux t’imaginer comme je me sens heureux depuis que j’ai pris cette décision. Embrasse tes enfants et ne me plains pas (…)

            Avec mon affection et mon amitié, courage – tu sais bien que je suis apaisé et heureux.

Stefan

 

Friderike & Stefan Zweig, L’amour inquiet, éd. 10/18

Dernière lettre envoyée par Stefan Zweig à son ex-femme Friderike von Winternitz. Quelques heures après il s’empoisonne avec sa compagne Lotte.

Publié dans Citation du jour

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carmelo 24/11/2006 15:49

je vois que t'es bien rentré...rapide!