Hergé - Vol 714 pour Sidney

Publié le par Athalide

Hergé, Vol 714 pour Sidney (1968)

 

En route pour un congrès d’aéronautique à Sidney, Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol lors d’une escale à Djakarta rencontrent par l’entremise de Szut le milliardaire Lazlo Carreidas – l’homme qui ne rit jamais - qui leur propose de les amener au congrès avec son nouveau Jet le Carreidas 160. Ils acceptent mais l’avion est détourné sur une île indonésienne par les hommes de Rastapopoulos car ce dernier souhaiterait obtenir les numéros de compte de ses comptes en suisse.

Après presque 5 ans sans nouvel album – Les bijoux de la Castafiore datant de 1963 – Hergé décide de se lancer dans une nouvelle aventure de Tintin, piqué au vif par le succès croissant d’Astérix.

Les premières planches paraissent le  27 septembre 1966 dans le Journal de Tintin tandis que la parution en album ne s’effectuera qu’en 1968.

L’élément le plus notable dans cet album n’est pas seulement les retrouvailles de Tintin avec l’aventure pure mais la modification opérée par Hergé dans son approche des personnages, particulièrement des « méchants ». Ils « ont été démystifiés : en définitive, ils sont surtout ridicules, pitoyables. Vous voyez, c’est là que j’ai évolué… D’ailleurs, ainsi déboulonnés, mes affreux me paraissent un peu plus sympathiques. Ce sont des forbans, mais de pauvres forbans… » confiera-t-il. Allan et Rastapopoulos en seront pour leur frais: le premier perdra son dentier au cours d’une explosion et le second, son boss, apparaîtra couvert de bosses suite à une grenade malencontreusement lancée.

C’est aussi l’occasion pour Hergé de faire entrer le surnaturel dans ses aventures par l’entremise de l’inquiétant Mik Ezdanitoff fortement inspiré de Jacques Bergier (scientifique, passionné d’Ufologie et de paranormal et co-auteur avec Louis Pauwells du Matin des magiciens).

D’ailleurs, certains ont reproché à Hergé cette fin, ne la considérant que comme une échappatoire permettant à l’auteur de se sortir d’une intrigue qu’il ne parvenait pas à achever. En réalité, il semble plutôt que cet album ait été l’occasion pour Georges Rémi d’introduire dans sa BD son intérêt personnel pour le mystère et l’au-delà (télépathie, hypnose, contacts supposés entre de vieilles civilisation et des extra-terrestres). Bref, du Cités d’or avant l’heure !

Dans l’élaboration, Hergé sera secondé par les membres de son studio, principalement Jacques Martin (l’auteur notamment des Alix et des Lefranc) et Roger Leloup (auteur de la BD Yoko Tsuno). C’est d’ailleurs à ce dernier que la paternité du Jet Carreidas 160 revient. Notons que pour le personnage de Lazlo Carreidas, Hergé s’est librement inspiré de l’avionneur français Marcel Dassault. 

 

Pénultième aventure avant le catastrophique Tintin et les Picaros, Vol 714 pour Sidney embarque son lecteur dans un voyage dépaysant et semés de rebondissements. Il est également l’occasion pour le dessinateur Belge de faire une dernière fois se rencontrer certains personnages récurrents. Ainsi, réapparaissent Roberto Rastapopoulos magnifiquement habillé en costume de Cow-boy et Allan Thompson (tous deux croisés dès Les cigares du pharaon), Szut (première apparition dans Coke en stock) ou encore Séraphin Lampion (première rencontre dans L’affaire Tournesol). Les personnages créés pour l’occasion sont également fort bien campés qu’il s’agisse de l’insupportable Lazlo Carreidas ou de son secrétaire particulier Spalding, du Dr. Krollspell ou encore de Mik Ezdanitoff. Dans cette succession inouïe de rebondissements, Hergé a injecté une bonne dose d’humour revigorante grâce notamment à l’ineffable Professeur Tournesol qui gratifie son entourage incrédule et médusé d’une hilarante initiation à la Savate et permet à l’aventure de se clore avec humour par une homérique interview télévisuelle et de rompre ainsi avec le parfum de mystère autour de ces êtres venus d’ailleurs.

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