Ceux de 14 : in memoriam

Publié le par Athalide

Dernières lettres de l'écrivain

Alain-Fournier (né Henri Fournier)

à sa soeur Isabelle  

         

 

 

 

 

 

Grand Café du Port, Bayonne

le 1er aout 1914

 

 

Ma chère Isabelle,

            Et toi, que fais-tu ? Je rejoins Mirande* demain. Je suis content que Jacques** soit dans le même corps d’armée que moi.

           

            Nous étions sûrs de la guerre. Je pars content. Je pense te voir bientôt. En attendant, je t’embrasse longtemps avec la petite Jacqueline*** – et aussi tous ceux qui sont avec toi à Cenon.

Ton frère,

                         Henri 

                                                     

 Alain-Fournier, Lettre à sa famille et à quelques autres, Fayard, lettre n° 152.


* Mirande : ville du Gers où est stationné le 288e régiment d’infanterie du 17e corps d’armée que rejoint Fournier.

** Jacques Rivière : ami de Alain-Fournier rencontré au Lycée Lakanal de Sceau. Il deviendra le mari d’Isabelle Fournier, la sœur d’Alain-Fournier.

***Jacqueline : fille de Jacques et Isabelle Rivière.


 Carte postale

 

11 septembre 1914

    

Je reçois bien tes lettres, ma chère petite Isabelle. Certaines me sont même parvenues au milieu du combat. Je suis en excellent santé. J’espère me rapprocher de Jacques avant peu. Je suis maintenant attaché à l’état-major à cheval. J’ai grande confiance dans l’issue de la guerre. Priez Dieu pour nous tous. Et ayez confiance aussi. Longuement, tendrement, je te serre avec ta Jacqueline dans me bras.

Ton frère,

                        Henri

     

Alain-Fournier, Lettre à sa famille et à quelques autres, Fayard, lettre n° 160.

 


 

Epilogue :

Jacques Rivière a été fait prisonnier le 24 août 1914 et restera 3 ans en Allemagne

Henri Fournier (Alain‑Fournier) sera tué par l'ennemi le 22 septembre 1914 aux Eparges. Son corps ne sera retrouvé qu'en 1991. L'auteur du Grand Meaulnes repose désormais dans le cimetière militaire de Saint-Rémy-la-Calonne.

Alain-Fournier fauché en pleine jeunesse comme plus d'un million et demi de ses compatriotes, rejoint la longue cohorte d"écrivains morts pour la patrie. Ainsi peu de temps avant son propre décès, le 5 septembre 1914 son ami Charles Péguy tombait également au front. Louis Pergaud devait les suivre le 4 avril 1915, pour ne citer que quelques-uns des plus connus.

Publié dans Brèves

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