kING CRIMSON : le règne sans partage du Roi pourpre (la décennie 70)

Publié le par Athalide

Le règne sans partage du Roi pourpre – La décennie 70

Dès sa création en 1969, King Crimson s’affirme comme un des groupes les plus novateurs de l’histoire de la pop. Au terme d’un parcours exemplaire, la formation va en à peine six ans d’existence bouleverser les conceptions de la musique pop en poussant loin les investigations et explorations musicales. Le tout débouchera sur une synthèse de différents courants musicaux (jazz, musique contemporaine, classique, pop traditionnelle, hard rock) a priori in-mélangeables, ouvrant à la musique populaire de nouvelles perspectives et de nouveaux horizons. Une grande partie de ces audaces relèvent des conceptions novatrices du leader Robert Fripp et de la haute technicité des musiciens qu’il aura su choisir pour l’accompagner dans cette épopée.  king crimson king crimson

Paradoxalement, si le groupe fut précurseur il ne connaîtra jamais un succès public à la hauteur de sa contribution au rock. Les différents changements de personnels émaillant son règne, son absence de concession à l’univers pop et l’herméticité de certains de leurs titres contribueront à faire que King crimson ne connaisse jamais le succès de formations telles que Led Zeppelin, Yes ou encore Genesis. king crimson 

C’est en novembre 68 que Robert Fripp (guitariste méthodique et inspiré) et Michael Giles (batteur inventif) se mettent en tête de monter une nouvelle formation après l’éphémère carrière de leur premier groupe (Giles, Giles & Fripp). king crimson

Le premier musicien à se joindre aux deux hommes est le talentueux multi-instrumentiste Ian McDonald suivi de près par le parolier Peter Sinfield, lui même suivi par le chanteur et guitariste Greg Lake. C’est Peter Sinfield qui cherchant un synonyme de Belzébuth trouvera le nom du groupe (Le roi pourpre).king crimson

Début janvier 69, King crimson répète pour la première fois et parvient à se faire engager pour jouer lors du fameux concert gratuit des Rolling stones à Hyde Park en juillet donné en mémoire de Brian Jones.king crimson

Dès lors tout s’enchaîne très vite car déjà le 25 octobre sort un album promis à un bel avenir. Le bien nommé In the court of the crimson king alterne entre morceaux calmes et pastoraux destinés à devenir des classiques (" Moonchild ", " I talk to the wind ", et le majestueux " Epitaph ") et violence futuriste (l’impressionnant " 21st century schizoïd man "). Avec ce disque King crimson fait une entrée fracassante dans le paysage musical mondial en livrant un des premiers disque de " rock progressif " marqué par des titres fleuves emphatiques et mélodieux que sublime le son du Mellotron et une interprétation impeccable. La marque de fabrique de King Crimson est déjà là dès le premier disque : audace, interprétation exemplaire, institutionnalisation du mellotron, liberté dans l’enchaînement des thèmes, le tout sur toile de fond néo-moyennageuse revisité par la plume poétique de Sinfield.

Ce disque ouvre le champ des possibles à la musique pop et fait naître un genre (le rock progressif) qui sera largement dévoyé ensuite par des formations grandiloquentes.

Le groupe part alors en tournée en Angleterre puis aux États-Unis, les amenant à côtoyer de nombreux musiciens yankees tels que Iron Butterfly ou encore Janis Joplin.

Malgré le succès, les tensions se font jour et des différences de conceptions quant à l’orientation à donner au groupe se cristallisent. Finalement, un des grands artisans du succès du groupe Ian McDonald, suivi de Michael Giles quittent la cour du Roi pourpre en décembre 1969 afin de poursuivre une carrière solo (débouchant notamment l’année suivante sur le décevant album McDonald & Giles). McDonald reviendra sur le devant de la scène en 1976 à la tête de son groupe les Foreigner.

Ces deux défections n’entament pas le moral du trio qui sort en mars 1970 le simple Cat Food / Groon. L’album - sur lequel Mel Collins (cuivres) et Peter Giles (basse) sont venus prêter main forte - lui emboîte le pas. Malgré sa défection, Michael Giles continue quand même à assurer la frappe. Malheureusement, In the wake of Poseidon est une pâle copie du disque précédent, peu enthousiasmant hormis le splendide morceau éponyme.

À son tour Greg Lake quitte la formation en avril 1970 et part former Emerson, Lake & Palmer. Il est remplacé par Gordon Haskell (basse et chant) tandis que le subtil Andy McCulloch s’assoit derrière les fûts pour l’enregistrement du surprenant Lizard. Ce dernier opère de nouveau un changement radical d’orientation du groupe vers une musique de plus en plus sophistiquée et exploratoire. King crimson se permet d’aligner une longue suite (" Lizard "), chantée par le chanteur du groupe Yes (Jon Anderson), incluant un Bolero sans surprise (c’est-à-dire long et pénible à moins que ce ne soit l’inverse). Le splendide " Cirkus " ouvrant l’album, magnifié par le saxophone de Mel Collins, reste le titre le plus marquant d’un disque manifestement de transition.king crimson

Une fois de plus, après l’enregistrement du disque, le chanteur et le batteur quittent la formation laissant le Roi pourpre dans une situation peu enviable.king crimson

Fripp et Sinfield, seuls rescapés de la première formation, entament alors des auditions pour poursuivre l’épopée. Bryan Ferry est entendu mais non retenu, cependant les deux rescapés impressionnés par la prestation du jeune homme vont faire en sorte de lui mettre le pied à l’étrier.

Le choix se porte finalement sur le batteur Ian Wallace et le chanteur Boz Burrell. N’étant pas parvenu à trouver un bassiste lui convenant, Fripp se résout à enseigner les rudiments de la basse au chanteur. king crimson

Le groupe enregistre alors le délicat Islands paru en décembre 1971. Le disque, différe encore du précédent, et est très convaincant car il recèle de somptueuses compositions (l’instrumental " Sailor’s tale " et l’imparable " The letter " servie par une très belle interprétation vocale de Burrell) et des incursions étonnantes, notamment dans la musique de chambre (" Prelude : songs of the gulls "). Mais la formation n’en a pas fini avec les changements de personnels car le parolier Peter Sinfield est sommé par Fripp à la fin de l’année de quitter le groupe. Après son exclusion, il écrira les paroles de Emerson, Lake & Palmer.

Le groupe part en tournée et les prestations enregistrées ne sortiront que bien plus tard (sur le disque Earthbound paru en juin 1972). Peu de temps après la fin du Earthbound tour, Collins, Wallace et Burrel quittent King Crimson pour former avec Alexis Korner le groupe Snape.

Fripp se voit donc une nouvelle fois contraint de partir à la recherche de nouveaux membres. Le premier à le rejoindre est le percussionniste Jamie Muir, puis c’est au tour de l’ancien camarade de collège de Fripp, le chanteur et bassiste John Wetton de rejoindre le groupe. Ce dernier avait été pressenti pour faire partie du tout premier King Crimson mais l’affaire n’avait pu se faire et Wetton était parti rejoindre le groupe Family. Puis c’est le batteur des Yes, Bill Bruford, qui rejoint la formation décidant ainsi de rompre avec un groupe dont le succès commercial a quelque peu limité les ambitions artistiques. Le dernier à rejoindre le groupe est le violoniste et claviériste David Cross venu étoffer le son de la formation. Sinfield parti, il faut trouver un parolier et c’est finalement Richard Palmer-James, ancien membre de la première mouture de Supertramp et vieil ami de Wetton, qui prend sa place.

Les répétitions et les tournées débutent à la fin 72. Fripp a réuni autour de lui quelques-uns des meilleurs instrumentistes britanniques (" il n’y a pas quatre batteurs de rock comme Bruford en Angleterre " déclarera Fripp bien plus tard). Wetton et Bruford forment sans doute une des meilleurs section rythmique de l’histoire du rock, inventive et véloce capable d’une douceur ou de la violence la plus sauvage, le tout adossé à un bagage technique impressionnant. Sans oublier la qualité du chant de Wetton dont le grain de voix se marie à la perfection aux compositions du groupe.

Lark’s tongues in aspic est enregistré au début de la nouvelle année, puis la formation part en tournée en Europe puis aux États-Unis. Avec ce cinquième album sorti en mars 73, la formation loin de se couper du mouvement progressiste durci pourtant le ton. Les guitares saturées sont de plomb et la section rythmique d’acier. L’album est de très bonne facture même si les compositions fleuves de qualité (" Exiles ", " Easy money ", " The talking drum ") se perdent parfois dans des orchestrations trop touffues à l’exception notable de l’exquis " Book of Saturday ". Cet album fait de tension et d’explosion, poursuit la quête du Roi pourpre et emmène son équipage et ses gens de cour vers des contrées inexplorées où l’originalité est le maître mot. La formation a trouvé ses marques, chacun rivalise de technicité dans un complémentarité étonnante leur permettant une très grande liberté.

Jamie Muir quitte le groupe au début de l’année 1973 pour se retirer dans un monastère tibétain en Écosse. C’est durant la longue tournée qui suit que les membres restant rassemblent suffisamment de matériel pour enregistrer leur nouvel album.

Avec Starless and bible black, sorti en février 74, la formation opère encore une rupture de ton. Finis les morceaux très produits aux arrangements peaufinés. King crimson se tourne vers davantage de spontanéité et de liberté en s’écartant pour l’essentiel du symphonisme et des structures rigides pour s’orienter vers une musique où se rejoint la liberté du jazz (" Fracture ") et la violence du heavy metal sur fond de rock progressif. L’essentiel de l’album est donc constitué d’enregistrements effectués sur scène (une grande partie de l’album provient du concert du 23 novembre 1973 donné au Concertgebow d'Amsterdam). " The Great deceiver " et " Lament " ont été entièrement enregistré en studio, tandis que seule l’introduction du génial " The night watch " est live, le reste relevant du studio. Ce titre, inspiré d’un tableau de Rembrandt (intitulé en français " La ronde de nuit " et en anglais "  The night watch ") reste un des sommets de l’art " Crimsonien ", entre grâce et maîtrise technique où Fripp offre un de ses plus beaux solos avec ce son si pur qui n’appartient qu’à lui.

Au fur et à mesure que se radicalise la musique du Roi pourpre et qu’elle se dirige vers une forme où le violon n’a plus la place essentielle qu’il avait auparavant, Cross supporte de moins en moins de n’être que le claviériste de la formation et décide de partir. king crimson

Le groupe est donc réduit à un trio pour enregistrer Red. Mais la formation va faire appel à divers musiciens pour étoffer le son de la formation. Ainsi Robin Miller (Hautbois), Marc Charig (cornet à piston) se joignent à la formation. Il faut également noter le retour de Mel Collins (Saxophone soprano) et Ian McDonald (Saxophone alto). Ce dernier est d’ailleurs un temps pressenti pour réintégrer définitivement la formation, mais deux mois avant la sortie de l’album, Robert Fripp en annonce la dissolution. C’est la fin de la première période de King crimson. Personne ne se doute encore que Fripp réactivera le groupe quelques années plus tard pour explorer d’autres voies musicales. king crimson

Reste que le disque, sorti en octobre 1974, est un chef d’œuvre en fusion et " Starless " dernier morceau du disque met un terme de la plus belle manière qui soit à la fantastique carrière d’un groupe hors-norme qui a joué un rôle de précurseur en matière de rock progressif et dont les audaces musicales et techniques ont innervées une grande partie de la musique populaire depuis les années 70. king crimson

king crimson Discographie :

ALBUMSking crimson

In the court of the crimson King (1969)

 

In the wake of Poseidon (1970)

 king crimson

Lizard (1970)

Islands (1971)

Lark’s tongues in aspicking crimson

Starless and bible black (1974) king crimson

 

 

Red (1974)

Publié dans Kulturock

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azo 06/09/2006 13:46

He ben, j\\\'en ai appris des choses aujourd\\\'hui! Robert Fripp aurait du choisir un autre nom pour le groupe genre: les chaises musicales.
Je trouve la note de Starless and bible black tres généreuse pour un brouillon de Red.