Nicolas Sarkozy : Témoignage crétin

Publié le par Athalide

Nicolas Sarkozy :Témoignage crétin

France 2, TF1, Europe 1, Le Point, etc : notre vénéré ministre de l’intérieur, chantre du parler vrai, a bénéficié d’un tapage médiatique que beaucoup d’écrivains confirmés doivent lui envier. Il faut dire qu’avec un tirage initial ambitieux de 130 000 exemplaires - signe que l’éditeur compte faire du bouquin une des très grosse vente de l’été - il va falloir mettre le paquet pour que les nouvelles aventures du petit Nicolas soient lues par les plagistes.

De sa vision des institutions, de l’économie, de la justice, tout le monde en réalité s’en cogne, ce qui par contre suscite davantage d’intérêt ce sont les déboires sentimentaux du petit Nicolas avec Cécilia.

Après avoir étalé sa vie privée dans tous les journaux, ce dernier s’est retrouvé dans une situation proche du ridicule lorsque la dite Cécilia a joué les filles de l’air avec un grand patron de la publicité et que lui-même s’est consolé dans les bras d’une journaliste du Figaro (Anne Fulda).

Il est fort à parier que le lecteur restera sur sa faim car les détails croustillants seront passés sous silence. Ainsi il ne sera sans doute pas indiqué que le fameux amant de madame sera démis de ses fonctions au sein de la société Publicis Events au motif que ses incartades ont fait perdre le contrat qui la liait à l’UMP.

Dans les extraits disponibles dans la presse, il apparaît surtout que le lecteur aura droit à des tombereaux de banalité déversés avec aplomb. Ainsi sur cette déconfiture sentimentale Nicolas " Cartland " Sarkozy écrit : " Peut-être cela m'a-t-il obligé à sortir de moi cette part d'humanité qui sans doute me faisait défaut ". Le lecteur devra prendre garde à ne pas se noyer dans ce flot de grands sentiments humains. Il en profite également pour nous ressortir le couplet désormais classique du " On est comme tout le monde, la preuve ! " avec cette phrase touchante d’humanité : " Ce que nous avons vécu dans ma famille, des millions de gens l'ont vécu. Leurs souffrances, leurs doutes, leurs espérances, sont les mêmes que les nôtres ". Sans relever au passage que les fameux millions de gens n’étalent pas leur vie dans les magazines et ne l’orchestrent pas selon des plans médias bien ciblés.

Le tout s’achève sur une phrase qui arracherait une larme à un bourreau : " Cécilia est ma femme. Elle est une partie de moi. Quelles que soient les épreuves que notre couple a traversées, pas une journée ne s'est déroulée sans que nous nous soyons parlé." Dans un style davantage proche de Jeunes & Jolies que de Prosper Mérimée, le grand timonier de l’UMP retrouve son âme de collégien : " Aujourd'hui, Cécilia et moi nous sommes retrouvés pour de bon, pour de vrai et sans doute pour toujours ". Voilà le lecteur rassuré…

En réalité, le meilleur se trouve dans la préface. C’est là que le véritable talent de comique du petit Nicolas apparaît. Elle débute comme une chanson de Goldman (" D'aussi loin que je me souvienne… ") et puis une fois le train mis sur les rails, l’ " auteur " enfile les lieux communs les uns à la suite des autres et les formules chocs tocs (" rendre l’impossible envisageable " ; " dans un monde qui bouge à toute vitesse, l'immobilisme est la posture la plus risquée "). Lao Tseu a du souci à se faire !

Tout cela tient à la fois de la rédaction du collégien appliqué (" Je crois que tout se mérite et qu'au final l'effort est toujours payant "), de la dissertation de philo ratée (" Je veux expliquer ici qu'il n'y a pas de fatalité pour celui qui veut bien oser, tenter, entreprendre ") et de la lettre de motivation rubrique " pourquoi je suis fait pour le poste " (" J'aime construire, agir, résoudre les problèmes ").

Le pire est à venir : " trouver des marges de manœuvre, m'a toujours passionné " clame-t-il avec candeur. Le " toujours " interroge : quel type d’enfant était ce gars là ? Tout petit (déjà) refusait-il de frayer avec ses semblables trop occupé à trouver des marges de manœuvre ? A qui voudrait-il faire croire qu’à 8 ans alors que chaque garçonnet veut être pompier ou footballeur celui-ci voulait être chercheur es marge de manœuvre ?

Loin de s’arrêter en si bon chemin, le petit Nicolas se penche sur sa famille et là, c’est Sans famille, Les misérables, et les œuvres complètes de Zola réunis dans un seul paragraphe. Il dépasse la stratosphère de la bêtise pour rejoindre la mésosphère en se dépeignant comme un gamin pauvre, enfant d’immigré avec un nom imprononçable (ce qu’on lui concède car Sarkozy de Nagy-Bocsa c’est plutôt lourd à porter).

" La politique n'était pas une tradition familiale. Tout même aurait dû m'en éloigner : je n'avais ni relations ni fortune, je n'étais pas fonctionnaire et j'avais un nom qui, par sa consonance étrangère, en aurait convaincu plus d'un de se fondre dans l’anonymat ".

Il faut croire que le petit Nicolas a pris le taureau par les cornes car aujourd’hui le carnet d’adresse est plutôt bien rempli et côté fortune on est loin des fins de mois d’un Rmiste. Quant au passage sur le nom, il faudrait lui rappeler que des ministres dotés d’un patronyme étranger il y en a toujours eu (v. not. le cas Poniatowski).

Au passage on appréciera le " je n’étais pas fonctionnaire " censé, sans doute, rassurer l’électeur libéral sur les convictions de son héros.

La dernière phrase fait froid dans le dos : le petit Nicolas ne brigue pas des mandats, il veut " conquérir les plus hautes responsabilités ". Espérons que sa conquête passera par les élections.

Finalement, ce livre nous apprend au moins une chose : le ministère de l’intérieur laisse du temps libre puisqu’on peut trouver des heures pour écrire ces salmigondis et d’en faire la promotion. Pendant ce temps, le nombre de voitures brûlées le 14 juillet dépassait celui de l’année précédente preuve qu’on ne peut pas tout faire : s’occuper de ses affaires personnelles et s’occuper de celles de la France. Le petit Nicolas a, depuis longtemps, fait son choix !

Publié dans Les livres de Kul

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