CHRISTOPHE - Le beau bizarre

Publié le par Athalide

CHRISTOPHE - Le beau bizarre

Après avoir connu un succès foudroyant au milieu des années 60 (" Aline ", " Les marionnettes "), il décide à l’orée des années 70 de faire prendre à sa carrière un nouveau tournant et livre des albums exigeants et novateurs (Les paradis perdus [1973], Les mots bleus [1974], Le beau bizarre [1978]). Puis à l’entrée des années 80, après l’intéressant Pas vu pas pris [1980] suivi d’un disque de reprises (Clichés d’amour), il livre quelques tubes faciles (" Succès fous ", " Ne raccroche pas ") et met sa carrière en sommeil. Il revient en 1996 avec l’excellent et méconnu Bevilacqua puis s’enferme de nouveau dans une période de silence jusqu’à la sortie de Comm’si la terre penchait (2002) album (enfin) salué par la critique. Après une tournée très réussie (La route des mots), il s’attèle à la préparation d’un nouvel opus très attendu, dont la sortie dans les bacs est programmée pour la rentrée prochaine.

Le beau bizarre (1978)

Un peu menteur / Ici repose / Le héros déchiré / Histoire de vous plaire / Le beau bizarre / Saute du scooter / Le grand couteau / Ce mec lou / Il faut oser le faire

Christophe artiste lunaire et déroutant livre en 1978 un album peu vendu à l’époque mais dont la résonance se faire encore sentir aujourd’hui. Le beau bizarre effectue dans le milieu pop ce qu’avait opéré le nouveau roman en littérature : un travail méthodique de déconstruction débouchant sur une œuvre unique, à ceci près que Le beau bizarre n’a pas fait école, ou du moins pas directement, même si l’on peut en trouver trace chez Bashung notamment. Cependant, ce monument de l’étrangeté et de la beauté s’est imposé avec les années dans sa singularité et est devenu progressivement un classique. Ce bloc monolithe déroute à la première écoute, car Christophe renverse les codes du rock et de la pop avec une malignité insidieuse et une ingéniosité malicieuse dans une espèce de poker menteur déconcertant.

La pierre angulaire de cette transformation repose sur sa manière d’aborder le chant : Christophe quitte l’itinéraire balisé pour emprunter des chemins inexplorés en cherchant l’accident : il " déchante ". Et cette nouvelle manière de chanter donne à l’album ce climat très particulier. Dès lors, l’enchantement passe par la nécessité de casser chez l’auditeur l’habitude du convenu et du compassé. La section rythmique réglée comme une horlogerie suisse, soutient le rock baroque qu’architecture le chant. Le tout conduit à un étrange dérèglement des sens et débouche sur une musique impossible à appréhender avec les catégories convenues : ni variété, ni rock, pas plus glam que punk.

Toujours sur le fil, en décalage, à la limite de la sortie de route (" Saute du scooter "), jamais très loin de l’impasse ou du précipice (l’indispensable " Histoire de vous plaire "), Christophe tour à tour archange bluffeur (" Un peu menteur "), truqueur invétéré (" Ici repose ") emmène son équipage dans son univers revisité par le parolier Bob Decout, dont le second degré (" Le héros déchiré ", " Il faut oser le dire ") est entrecoupée parfois d’une gravité morbide (" Le grand couteau "). Un album indispensable.

Daniel Bevilacqua, Christophe, 1978, Le beau bizarre, Christophe Bevilacqua

Commenter cet article

sylvain 23/07/2008 23:55

Bel article. Ca donne envie. Envie de m'aventurer plus en amont que les trois disques que je possède de lui, à savoir les trois derniers.