PINK FLOYD - La guerre du rose

Publié le par Athalide

PINK FLOYD

 

Lorsque Roger Waters quitte son Cambridge natal pour Londres, où il se rend pour suivre des études d’architecture, il ne sait pas encore qu’il va être d’ici peu à la tête d’une des formations les plus importants de la scène pop. Dès son arrivée dans la capitale britannique, il démarre plusieurs groupes avec Nick Mason et Rick Wright. Tout s’accélère, lorsque son ami d’enfance le rejoint à Londres pour suivre des études de peinture. Dès lors, Syd Barrett forme avec Waters un groupe et le nomme Pink Floyd (en hommage aux bluesmen Pink Anderson et Floyd Council).

La formation définitive est trouvée au printemps 1966 : Nick Mason derrière les toms, Rick Wright aux claviers, Roger Waters à la basse et Syd Barrett à la guitare et au chant. Ce dernier prend rapidement un ascendant décisif sur le groupe et lui donne ses premières grandes orientations musicales : le psychédélisme. En 1967, ils sont signés chez EMI et " Arnold Layne ", leur premier 45 tours, reçoit un bon accueil public. Suit l’album The piper at the gates of dawn, qui paraît le 5 août 1967. Ce disque sur lequel s’exerce la mainmise de Barrett sur le groupe est suivi d’une tournée durant laquelle les premiers symptômes de dérèglement des sens de Barrett se font jour : une sorte de dépression nerveuse exacerbée par la prise de stupéfiants et la fatigue engendrée par l’activité du groupe. Il lui arrive de plus en plus souvent de jouer le même accord durant tout le concert, immobile,  étrangement absent, comme en partance pour des voyages terrifiants dont il ne reviendra malheureusement jamais vraiment. Etrange et douloureux destin, que celui de Barrett, leader déchu, enfermé dans sa prison mentale...

Début 1968, Gilmour ami de lycée de Waters et Barrett vient apporter son concours au groupe pour compenser les carences de Barrett. Le 6 avril 1968, Syd Barrett, l’âme du groupe, n'en fait plus partie et Waters lui succède en tant que nouveau leader de la formation. L’album A saucerful of secrets auquel a participé Barrett (même s’il n’est pas crédité) est encore bien accueilli.

Sous l’impulsion de Waters, le groupe commence à s’émanciper de la direction artistique qu’avait impulsée Barrett et le disque suivant paru en juillet 1969, la bande originale du film de Barbet Schroeder More (avec Mimsy Farmer), est symptomatique de cette mutation en cours. Ils continuent dans cette veine en composant cette fois pour le film Zabriskie point d’Antonioni.

Le groupe poursuit sa mutation en sortant le double et décevant Ummagumma (octobre 1969), avec des enregistrements provenant pour moitié de la scène et pour moitié de studio.

En octobre 1970, le groupe fait montre de tout son talent et de toute son originalité en faisant paraître Atom heart mother. L’année suivante le groupe marque encore les esprits avec l’excellent Meddle (novembre 1971) et son " tube " " One of these days ". En juin 1972, ils livrent Obscured by clouds, BOF de La vallée de Barbet Schroeder. Puis, ils vont enregistrer une performance scénique à Pompeii sortie en vidéo sous le titre Live at Pompeii.

En 1973, Dark side of the moon rencontre un succès considérable, entraîné par le tube " Money " et suscité davantage par la qualité sonore de l’ensemble – il était couramment utilisé pour tester sa chaîne Hi-Fi au cours de la décennie 70 – que par la qualité intrinsèque de ses compositions. D’ailleurs, à ce titre, le disque doit beaucoup à leur ingénieur du son Alan Parsons. Dark side of the moon bat aux USA tous les records et restera 741 semaines dans les charts. Face à ce succès considérable, Pink Floyd garde le cap et sort un album de très bonne facture Wish you were here (septembre 1975) sur lequel Waters rend hommage à Barrett (" Shine on your crazy diamond ") venu impromptu leur rendre visite dans le studio d’enregistrement.

Waters dont l’hégémonie sur le groupe est de plus en plus patente met à profit son temps libre pour écrire presque intégralement le prochain disque de la formation. Animals, sorti en janvier 1977, permet à Waters – influencé par Orwell et sa Ferme des animaux - d’exprimer avec violence sa conceptions de la société composée de chiens, de cochons et de moutons. L’album excellemment bien produit, même s’il est de facture plus classique, est assez fraîchement reçu par le public.

Qu’importe, Waters se remet au travail pour livrer un disque encore plus personnel que le précédent, profondément marqué par les névroses personnelles et les traumatismes d’enfant du bassiste de la formation. The wall, double album sorti en novembre 1979, fait un malheur à travers le monde. Le simple " Another brick in the wall " devient la meilleure vente du groupe et un hymne de contestation en Afrique du Sud. Cependant, ce succès ne doit pas faire oublier que Pink Floyd n’a plus de groupe que le nom. Waters dirige d’une main de fer les séances studio, ayant recours à des musiciens extérieurs et éjectant Rick Wright de la formation. Seul Gilmour est encore un interlocuteur écouté par l’omnipotent bassiste et joue un rôle dans la conception de l’album.

The final cut, entérine la situation en se présentant officiellement comme une œuvre de Roger Waters jouée par Pink Floyd. Le disque paru en mars 1983 connaît un grave échec commercial. Waters pense de plus en plus à ne garder que Gilmour et se séparer des deux autres membres. Mais devant le refus du guitariste, Waters décide de quitter la formation, persuadé que le groupe ne se relèvera pas de son départ.

L’avenir immédiat lui donne raison, car la formation est mise en sommeil, et chacun des membres sort un album solo : Waters (The pros and cons of hitch hiking en 1984 ; David Gilmour About face ; Nick Mason Profiles et Rick Wright et son groupe Zee, Identity).

Mais Gilmour et Mason décident à l’hiver 1986 de relancer la machine Pink Floyd. Waters tente alors de s’y opposer judiciairement en entamant une procédure pour leur interdire d’utiliser le nom de Pink Floyd et de jouer les anciennes compositions du groupe sur scène. Il n’obtient pas satisfaction. Et si Waters poursuit sa carrière solo avec Radio KAOS en juin 1987, c’est sous le nom de Pink Floyd que Gilmour et Mason font paraître A momentary lapse of reason en septembre 1987 avec Rick Wright en intervenant de luxe. La réactivation de la marque Pink Floyd s’avère payante car Radio KAOS fait un bide quand A momentary lapse of reason trust les charts.

Débute alors, un duel dévastateur entre Roger Waters et Pink Floyd, combat où chacun cherche à se parer de la légitimité. Ainsi des deux tournées concurrentes sur le circuit mondial lancées à la même période par Waters et Pink Floyd, où chacune puise dans l’ancien répertoire Pink Floyd, c’est celle du Floyd qui rafle la mise.

Pink Floyd – réduit en réalité à deux membres - devient alors une formidable machine à recréer de la nostalgie et du rêve dans des prestations où finalement la musique tient une place limitée devant la débauche d’effets visuels et pyrotechniques.

La tournée triomphale du groupe donne lieu à la parution du double Delicate sound of thunder (décembre 1989). Waters contre-attaque en décidant de monter The Wall sur scène.

Le 21 juillet 1990 sur la Potsdamer Platz de Berlin afin de célébrer la chute du Mur de Berlin, (intervenue le 9 novembre 1989) il réunit le gotha du rock pour réinterpréter son œuvre. Devant 150 000 spectateurs, se succèdent sur scène, les allemands de Scorpions, The Band, Thomas Dolby, Sinead O'Connor, Joni Mitchell, Bryan Adams, Jerry Hall, Van Morrison, Marianne Faithfull, Cyndi Lauper, Paul Carrack et Waters lui-même. Le concert est édité en disque (The wall - live in Berlin) dont les bénéfices sont versés au Memorial fund for disaster relief, association caritative.

Septembre 1992, voit la sortie de ce qui reste aujourd’hui le meilleur album solo de Waters, l’excellent Amused to death. En mars 1994, Pink Floyd, qui a désormais réintégré à part entière Rick Wright, fait paraître un véritable disque collectif. The division bell, avec sa musique rappelant les climats du Floyd des années 70, gagne le pari de la nostalgie en se vendant excellemment bien. La tournée qui suit réunit plus de 5 millions de spectateurs et sort en disque sous le titre Pulse (avec sa diode clignotante).

2001 voit la sortie de la compilation Echoes dont la sortie est encore l'occasion à de belles joutes verbales par interviews interposées entre Gilmour et Waters. Interrogé sur cette compilation l'ex-bassiste déclare : " C’est un best of, avec tout ce que ça a de subjectif. J’aurai préféré que les chansons enregistrées par Gilmour et les deux autres après mon départ ne soient pas mêlées au reste. Et que l’ordre des chansons respecte la chronologie. Au final, c’est David qui a pris les décisions. Il a voulu tout mélanger, on peut comprendre pourquoi : ça remet tout à niveau. Au fond, je m’en fiche, personne n’est obligé d’acheter le disque" (Télérama 19 décembre 2001).

À la surprise générale, le groupe historique se reforme le temps de quatre morceaux lors d’un concert de charité donné à Londre le 4 juillet 2005.

Waters poursuit aujourd’hui un parcours atypique : il a livré en septembre 2005 un opéra consacré à la Révolution Française avec un livret de Roda-Gil, intitulé Ça ira ! Il serait actuellement en studio pour la préparation d’un nouvel album. Concomitamment, il prépare son concert à Magny-cours le 14 juillet 2006.

Gilmour de son côté, accompagné en studio et sur scène par Nick Wright, a sorti un album solo On a island et en assure la promotion à travers le monde dans des concerts mêlant ses derniers titres et les tubes du Floyd.

Bien difficile, aujourd’hui de savoir si Pink Floyd est définitivement mort ou si le " Moloch " est simplement assoupi en attendant sa prochaine réactivation.

 

DISCOGRAPHIE ALBUMS STUDIO :

- The piper at the gates of dawn (1967)

- A saucerful of secrets (1968)

* Sans Barrett

- More (1969)

- Ummagumma (1969)

- Zabriskie point (1970)

- Atom heart mother (1970)

- Meddle (1971)

- Obscured by clouds (1972)

- Dark side of the moon (1973)

- Wish you were here (1975)

- Animals (1977)

- The Wall (1979)

- The final cut (1983)

* Sans Waters

- A momentary lapse of reason (1987)

- The division bell (1994)

Publié dans Kulturock

Commenter cet article

Athalide 02/08/2007 14:59

Je confirme : ce disque est bien resté 741 semaines dans les charts ce qui doit lui valoir (de tête) de figurer dans le Guinness book.

antman 02/08/2007 02:54

"741 semaines dans les charts" ?  14 ans ???

alf 26/07/2007 22:50

j'ignorais que Waters avait voulu garder le guitariste et virer les deux autres...? ce qui le rend moins sympathique tout de suite...

Azo 20/07/2007 13:56

Ouahh mortel l'article ( à ne pas confondre avec l'article de la mort).
En tout cas ça nous change des maggots. Pardon, des beatles.
C'est Alan Parsons qui d'ailleurs sorti Pink Project basé sur "The Wall". Je me demande s'il a été en bisbille avec Roger Waters. Il a l'air d'avoir tellement bon caractère!