The Doors : Morrison à la porte ?

Publié le par Athalide

The Doors : Morrison à la porte ?

Il ne viendrait à personne l’idée de contester le fait que The Doors est un groupe qui a compté dans l’épopée pop des années 60. Cependant depuis la mort de Morrison, une agaçante manie consiste à vouloir réécrire l’histoire en dissociant le groupe The Doors de son charismatique chanteur et à ne faire du premier que le support de la poésie forcément géniale du poète forcément maudit puisque mort à Paris et enterré au Père-Lachaise (comme Adolphe Thiers, comme quoi il n’ y a pas que des poètes mais aussi des bouchers).


Ainsi, certains continuent de dire " Jim Morrison et les Doors " au prétexte que le premier était un poète inspiré, beau comme un demi-dieu grec et que les autres membres des Doors n’étaient au plus que les faire-valoir de l’homme lézard.


Que le rock et les Doors n’aient eu qu’une importance relative dans la vie de Morrison, cela importe en définitive peu, car il est plus que vraisemblable que sans les Doors sa poésie n’aurait jamais dépassé l’audience de recueils publiés à compte d’auteurs. Résumer les Doors aux frasques de leur chanteur, c’est opérer un raccourci aussi agaçant qu’étonnant. La voix de Morrison était une des marques de fabrique du groupe et participe du son si particulier et si original de The Doors, mélange improbable entre le blues, le rock et la pop, mais elle n’est pas plus importante que l’orgue de Manzarek ou la guitare de Krieger, et pour le fan non-anglophone, le contenu des paroles n’a finalement qu’une portée limitée.


Mais d’où vient cette popularité étonnante de Morrison ? Trois facteurs peuvent être avancés : ses scandales à répétition, sa pose de poète et sa fin tragique.


Tout d’abord, une grande partie de la popularité de Morrison tient aux différents scandales qu’il provoqua tout au long de sa carrière avec The Doors, à la ville et sur scène. Ces esclandres, voire émeutes (cf. le fameux concert à Miami), ont indéniablement contribué à la notoriété du groupe et leur a permis d’élargir leur audience et de se faire un nom.


Mais, au bout du compte, ce ne sont pas tant les péripéties sur scène qui font aujourd’hui encore des Doors un groupe estimé, mais la qualité de leur production en studio.


Le parfum de scandale, les débordements scéniques - dont Oliver Stone s’est largement inspiré pour son film The Doors sorti en 1991 - tout cela importe peu car ces frasques n’ont en elles-mêmes aucune espèce de portée symbolique ou politique. Les agissements de Morrison débouchaient sur une aporie. Ainsi, la dénonciation de la passivité du spectateur et de la perversité de la société du spectacle (on est tout de même loin de Debord) devient vite obscène lorsque le dénonciateur devient sycophante en raillant son public alors qu’il n’oublie pas de passer au tiroir-caisse.

Ensuite, il faut parler du Morrison poète, qui aurait entraîné la jeunesse mondiale dans un parcours initiatique fait de rimes et de quatrains. Il faut rappeler que ce ne sont pas les paroles qui ont fait le succès des Doors (la preuve leur premier tube " Light my fire " a été entièrement écrit par Krieger) ; de plus, force est de constater que ses saillies les plus célèbres sont parfois d’un ridicule touchant. Ce grand garçon redécouvrant le mythe d’Œdipe (v. " The End ") a quelque chose de pathétique. De même, le fameux " We want the world and we want it now " dans " When the music’s over " fait davantage songer à un cri de révolte poussé par un enfant-unique-pourri-gâté que par un théoricien de l’action politique.


La provocation passée, l’inanité des paroles de Morrison, fait aujourd’hui sourire, car elles doivent plus à l’usage immodéré des drogues et de l’alcool qu’à la puissante inspiration : Morrison ne taquinait pas la muse, au mieux il la lutinait.


Il fut pourtant, traité de poète par certains journalistes américains de l’époque fortement impressionnés par les références du groupe. Quand on connaît le goût immodéré de l’Américain moyen pour la culture générale, on comprend que des références à Brecht ou Freud aient pu en laisser pantois plus d’un et que le mot de poète ait fusé. Que Morrison se soit entiché de poètes français, contribua également à édifier sa propre légende de " Poète " et qu’il mourut à Paris devait mettre un terme à toute contestation de ce statut revendiqué d’aède. On savait que les amoureux allaient à Venise (mais que l’endroit était d’une tristesse à mourir lorsqu’on ne s’aimait plus), pas encore que les oiseaux se cachaient pour mourir ; depuis 1971, on sait que les chanteurs pop viennent à Paris pour s’y faire enterrer et se faire labelliser " Poète maudit " (et dire que ce con de Mike Brant mort à Paris a décidé de se faire enterrer en Israël !).


Le dernier facteur explicatif de l’idolâtrie dont fait l’objet Morrison et l’effacement corrélatif de l’entité Doors résulte de son décès aussi tragique que mystérieux à Paris. Depuis la disparition du dernier témoin - sa compagne en 1974 – les plus folles rumeurs circulent (Morrison ne serait pas mort - sans doute joue-t-il aux cartes avec Elvis et Lennon dans un rade Mexicain) ; Morrison aurait été tué par le FBI, la CIA ; etc.). Mais la simple disparition de cette personnalité marquante du monde pop en pleine jeunesse, de surcroît peu de temps après Hendrix et Janis Joplin, a suffit pour faire de Morrison un nouveau James Dean.


Morrison repose désormais dans un des cimetières les plus coté de la capitale. Il voulait se faire enterrer dans la ville des poètes, il finit à deux pas d’un des fondateurs de la Banque de France (Casimir Périer) dans une tombe sur laquelle d’inconsolables fans, vautrés sur sa sépulture, engloutissent des litres de boisson pour oublier le chagrin que leur a causé la disparition d’un chanteur qu’ils n’ont jamais connu que mort. Ainsi rendent-ils hommage au demi-dieu grec gainé de cuir qu’ils ont statufié : après tout, on a les fans qu’on mérite !

 

Vouloir réduire les Doors à Morrison contribue à masquer l’essentiel. On retrouve bien ici les travers de la société du spectacle consistant à se polariser sur l’anecdotique au détriment du principal, le superflu plutôt que l’essentiel, faire primer le sensationnel sur le quotidien.

À lire tous les écrits consacrés à Morrison ou aux Doors on en oublierait presque que les Doors était groupe et non une somme d’individualités qui a apporté vitalité et fraîcheur à la pop musique américaine au moment même où leurs principaux représentants, dont les Beach boys, commençaient à connaître des jours difficiles.


La surprenante composition de cette formation sans bassiste, l’omniprésence de l’orgue, la singulière utilisation de la guitare et de ses effets et le chant puissant de Morrison vont installer le groupe dès le premier disque - d’une étonnante maturité d’ailleurs - dans le peloton de tête des groupes qui comptent.


Il ne sert alors de rien de se demander si les Doors doivent tout ou non à la personnalité hors du commun de Morrison, la seule chose qui compte c’est que les Doors aient existé et que leur musique perdure : en dehors des disques tout le reste est pur verbiage.



NB : message adressé aux personnes qui m’avaient signalé avoir croisé à Paris Jim Morrison. Vérification faite l’information est erronée : le barbu ventripotent n’était pas Morrison mais Carlos.

 

Publié dans Kulturock

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Mocucha 05/05/2009 13:26

"Morrison repose désormais dans un des cimetières les plus coté de la capitale. Il voulait se faire enterrer dans la ville des poètes, il finit à deux pas d’un des fondateurs de la Banque de France (Casimir Périer) dans une tombe sur laquelle d’inconsolables fans, vautrés sur sa sépulture, engloutissent des litres de boisson pour oublier le chagrin que leur a causé la disparition d’un chanteur qu’ils n’ont jamais connu que mort. Ainsi rendent-ils hommage au demi-dieu grec gainé de cuir qu’ils ont statufié : après tout, on a les fans qu’on mérite ! "Je passerai sur le restant de ton texte qui, bien que sympathique, n'entraîne chez moi que sourire.Je reprends juste ce ce paragraphe, car lui plus que les autres fait démonstration d'une impuissante stupidité. The Doors était - et est encore - écouté dans tous les milieux. Et dans "tous ces milieux", se trouvent ce type de fans.

isaure 04/04/2009 17:45

je pense que tu te trompes totalement, pardon de le dire brusquement mais le genre d'explications que tu donnes ici, reviennent à la mode en dépit de leur fausseté et de leur absurdité.si les doors ont permis à morrison d'exprimer sa poésie (et dieu merci), le succès ne se faisait pas uniquement grâce à leurs arrangements musicaux (auxquels morrison participait, d'ailleurs, bien plus que l'on ne le croit) et aux frasques de morrison. en effet, morrison était devenu un écrivain à part entière (il avit pris beaucoup d'assurance dans son écriture) et à sa mort, les 3 autres doors ont décidé de prendre les bandes de poésie qu'il avait enregistré pour ses 27 ans et de fixer une musique dessus or morrison ne voulait qu'un accompagnement très sobre et prendre de la distance par rapport aux doors,car l'image qu'elektra (que les doors avaient acquiéscé) voulait que morrison porte (à savoir un sex symbol, un roi lézard totalement déjanté) commencait à peser sur l'écrivain qu'était morrison. même si il est vrai qu'il ne faut pas passer sous silence le travail artistique des doors (qui s'est transformé après la mort de morrison en machine commerciale monstrueuse), il ne faut surtout pas négliger la force des mots, des théories de James Douglas Morrison.