ADG : l'otage des sans pitié

Publié le par Athalide

"A.D.G. l'otage des sans pitié"

Né Fournier, prénommé Alain, il est contraint d’abandonner son véritable patronyme pour se lancer dans la carrière littéraire. Il opte finalement, après quelques tâtonnements, pour le pseudonyme d’ADG (Alain Dreux Gallou, noms de famille de deux de ses grands-parents) et c’est sous ces initiales qu’il fera une entrée fracassante dans le monde du polar avec La divine surprise en 1971.

Si l’auteur demeure pour la jeune génération un inconnu, il fut pourtant durant toutes les années 70, avec Jean-Patrick Manchette, l’une des grandes figures du néo-polar français, genre qu’ils avaient contribué à créer. Auteur à succès de la Série noire, il va tout au long de la décennie 70 produire des polars de qualité, originaux et remarquablement bien écrits. Passé maître dans l’art du pastiche, de la parodie, de la dérision et des jeux de mots, le lecteur se délecte des romans publiés par ce provocateur qui se plaît à les farcir d’un humour ravageur.

En 1972, il publie La nuit des grands chiens malades (dont la suite viendra en 1977 avec Berry story). Il est porté à l’écran l’année suivante par Georges Lautner sous le titre Quelques messieurs trop tranquilles (avec Michel Galabru, Jean Lefebvre, Henri Guibet) : malheureusement trahison plus qu’adaptation du roman !

C’est finalement dans ces romans situés dans la province française qu’ADG est le plus convaincant. En s’extrayant du monde parisien, théâtre de la plupart des polars français, il confronte le lecteur a un monde rural tantôt peint avec humour et loufoquerie (v. not. Berry story) tantôt décrit avec une certaine poésie (v. not. Pour venger pépère). Ainsi Tours, Orléans ou Blois deviennent-elles, sous sa plume, des cités où le monde obscur du polar se donne rendez-vous et la campagne berrichonne et solognote la toile de fond de ses intrigues, sans d’ailleurs que le récit perde en crédibilité ou en réalisme. Hormis le travail sur le style et la langue, une grande part de l’originalité de ses ouvrages tient à cette opération réussie de " dépaysement " du polar, créateur d’un univers unique et attachant.

Mais ADG ne se contente pas d’écrire des romans policiers. Il travaille également comme scénariste pour la télévision (pour laquelle il adapte les romans de Gaston Leroux pour la série Cheri Bibi en 1973) et la bande-dessinée. Mais c’est dans le champ politique que ses activités annexes vont prendre une dimension médiatique importante.

Ses idées politiques d’extrême-droite, le conduisent à collaborer dès 1973 à Minute puis, plus tard, à Rivarol. En 1981, il part s’établir en Nouvelle-Calédonie où il restera dix ans. Durant son séjour, il mènera un rude combat contre les indépendantistes et publiera un polar sur ses mésaventures calédoniennes. Joujoux sur le cailloux - loin d’être le chef-d’œuvre que le lecteur était en droit d’attendre après l’excellent Notre frère qui êtes odieux… sorti l’année précédente - remplit tout de même sa mission de divertissement malgré le parti pris du héros.

Si l’homme n’a jamais caché son amitié et son soutien à l’extrême-droite et à ses personnalités (Le Pen comptait parmi ses amis), ses romans noirs ne sont pourtant pas marqués par ses choix politiques. Les protagonistes de ses romans sont plutôt à catégoriser comme anar, voire anar de droite, que comme dangereux fachos.

En 2003, il sort de son silence littéraire et publie Kangouroad movie qui se rapproche, sans les égaler, de ses meilleurs polars. À l’occasion de la sortie de ce qui sera son dernier ouvrage, il revient sur son engagement à l’extrême droite qu’il qualifie de posture : " Ma posture est peut-être esthétique, mais cela fait partie du rôle de l'écrivain d'être à contre-courant. En tout cas, en tant que journaliste, je n'écrirais jamais un article révisionniste, antisémite ou raciste " (Le Monde, 2003). En novembre de l’année suivante, ADG décède à l’âge de 56 ans des suites d’un cancer.

Eut égard au succès remporté dans les années 70, à son rôle de pionnier du néo-polar et à la qualité, l’originalité et le style de son œuvre romanesque, il est pour le moins étonnant qu’ADG ne bénéficie pas du même traitement que Manchette notamment. La plupart de ses romans sont aujourd’hui toujours en attente de reparution. Espérons qu’un jour, une maison d’édition daignera rééditer l’intégralité de son œuvre romanesque car priver le public des excellents La marche truque, La divine surprise, Berry story, Juste un rigolo ou encore Le grand môme paraît tout à fait ahurissant. Quand on voit le flot de livres débilitants, insipides et écrits à la hussarde déversé chaque année par le monde de l’édition, on se dit qu’il y a de la place pour une réédition d’ADG ! À moins que ce ne soit ses opinions politiques qui, aux yeux de certains nouveaux censeurs, ne soient le motif dirimant à cette non publication. Dans ce cas, on ne saurait que trop leur conseiller de mener l’action jusqu’au bout et de rayer de leur catalogue les Céline, Drieu la rochelle, Brasillach et autres acteurs ou affidés zélés d’extrême-droite.

En attendant une éventuelle reparution, il reste comme seul possibilité pour le lecteur d’écumer les bouquinistes et autres puces à la recherche des précieux ouvrages. Ce jeu de piste en vaut la chandelle.

 

Parmi l’ensemble des ouvrages publiés par ADG on conseillera notamment la lecture de :

Ø Notre frère qui êtes odieux...

Ø Pour venger pépère

Ø La marche truque

 

r Bibliographie

 

 

   1971

La Divine surprise (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1429, rééd. en coll. " Carré Noir ", n° 545)

 

Les Panadeux (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1443, rééd. en coll. " Carré Noir ", n° 518)

1972

La Marche truque... (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1473, rééd. en coll. " Carré Noir ", n° 554)

 

La nuit des grands chiens malades (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1482, rééd. en coll. " Folio ", n° 2224)

Les Trois Badours (Gallimard, coll. " Série Noire ", rééd. en coll. "Folio policier ", n° 229)

 

1973

 Cradoque's band (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1493, rééd. en coll. " Carré Noir ", n° 373)

Berry Story (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1586)

 

1974

Je suis un roman noir (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1692, rééd. en coll. " Carré Noir ", n° 468, rééd. en coll. "Série Noire", n° 1692, 2004)

1976

L'otage est sans pitié (Gallimard, coll. " Super noire ", n° 43)

1977

Le Grand Môme (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1717)

Juste un rigolo (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1721, rééd. en coll. " Carré Noir ", n° 506)

 

1980

Pour venger pépère (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1806, rééd. en coll. " Folio policier ", n° 153)

 

1981

La Nuit myope (Balland, coll. " L'Instant romanesque ", rééd. en 2003 chez Christian Durante, coll. " Poche-numérique ")

Balles nègres (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1825)

1982

On n'est pas des chiens (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 1862, rééd. en coll. " Folio policier ", n° 189)

 

1986

Notre frère qui êtes odieux... (Gallimard, coll. " Carré Noir ", rééd. en coll. " Folio policier ", n° 171)

 

1987

Joujoux sur le caillou (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 2089)

 

Le Grand Sud (Jean-Claude Lattès)

1988

Les Billets Nickelés (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 2124)

C'est le bagne ! (Gallimard, coll. " Série Noire ", n° 2134)

2003

Kangouroad movie (Gallimard, coll. " la Noire ")

 

2007

J'ai déjà donné (Le dilettante)

Publié dans Polar

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Oliv 05/06/2007 19:24

je ne connaissais pas du tout. Ca à l'air très bon ! Merci.