Gérard MANSET - Manset 1972

Publié le par Athalide

MANSET Gérard

Manset à force de temps et de courage, est parvenu à s’imposer dans un paysage médiatique pour lequel il n’a jamais eu de véritable sympathie. Cet autodidacte surdoué - tour à tour auteur, compositeur, interprète, musicien, orchestrateur, arrangeur, ingénieur du son et chargé du mixage – continue avec la patience de l’artisan à donner naissance à des disques authentiques. Se procurer un Manset c’est la certitude d’avoir entre les mains un disque entièrement façonné par l’artiste et non un œuvre ayant subi les médiations du producteur, du mixeur, de l’ingénieur du son, etc. L’homme vend peu, mais il n’en a cure, sa promotion se limitant au strict minimum : pas ou peu de photos, pas de passages TV, pas de concerts. Celui qui se méfie de la société du spectacle comme de la peste, a pourtant fait toute sa carrière dans le milieu de la chanson française qu’il qualifie " d’industrie du pneu ". Il a révolutionné la pop d’expression française avec son premier disque (avec le fameux " Animal on est mal "), montré la voie aux compositeurs ambitieux avec l’album-concept avant-gardiste La mort d’Orion, puis livré tout au long de sa carrière des albums d’une extrême qualité (pour mémoire on citera l’extraordinaire 2870, les excellents Y’a une route, Royaume de Siam, Comme un guerrier / L’enfant qui vole) remplis de fulgurances et de poésie, et musicalement très en avance sur leur temps ; le tout dans une indifférence médiatique polie. Après plus de trente ans de carrière et un seul tube au compteur (" Il voyage en solitaire " en 1975), Manset a acquis une stature presque morale dans un monde pop livré à la surmédiatisation de petites icônes à durée de vie limitée. Patiemment et opiniâtrement, il construit une œuvre quand d’autres raisonnent en terme de carrière ou de vente. À l’arrivée, c’est lui qui a raison et les autres torts, mais ceux là ne le savent pas encore !

Manset (1972)

Introduction / Long long chemin / Ne change pas / Celui qu'il sera demain / Celui qui marche devant / L'oiseau de paradis / Donne-moi / Jeanne

Ce troisième album de Manset est devenu un mythe pour les happy-fews connaissant l’artiste et sa production. Cet opus sans nom, vendu si peu à sa sortie, n’a jamais eu les honneurs d’une réédition et est aujourd’hui quasi-introuvable. Dans l’action d’épuration-sélection opérée par le créateur, aucun morceau n’a survécu, comme si Manset pris d’épouvante cherchait à cacher cet enfant monstrueux, cette œuvre anormale dont l’étrangeté ne cesse d’interroger. Quel dessein poursuivait-il à l’époque ? Ce disque dérange, sans d’ailleurs pouvoir déterminer d’où provient le malaise. Ce n’est qu’au fil des écoutes que l’album se dévoile et révèle une beauté cachée qui apparaît peu à peu avec évidence. Le malentendu dissipé, on s’étonne du pouvoir ensorceleur de " Jeanne " avec son piano bancal, son orchestration décalée et ses paroles d’une tristesse irraisonnée où il ne peut être question que de Jeanne d’Arc, et pourtant… Les chansons d’amour sont, elles aussi, singulières, totalement en décalage avec leurs promesses d’un autre temps (" Donne-moi "). Même les titres réputés plus légers, tel " L’oiseau de paradis ", se situent encore à des lieues de la production de l’époque, à la marge. Passent des paroles d’une originalité redoutable et des compositions parfois d’une appréhension difficile, mais l’interprétation est, elle aussi, déroutante.

Loin des orchestrations tape-à-l’œil, Manset livre un opus à l’interprétation fragile. Les guitares grêles sonnent étrangement seules, le piano semble hésitant, les arrangements de cordes somptueusement baroques déroutent, mais cette impression d’inachevée est voulue et rend le tout encore plus surprenant et d’une beauté gracile. Manset durant les séances d’enregistrement du disque sera raillé par les musiciens, en proie aux sarcasmes : à l’écoute, rien d’étonnant à cela tant le disque est hors-normes et dérangeant. Un disque fragile dans un monde à la froideur inquiétante, un album essentiel tranchant sur la concurrence. Les productions suivantes emprunteront cette voie, mais Manset ne commettra plus l’erreur de se mettre autant à nu. Il cherchera dans les productions à gommer les excès, à rendre les chansons moins " monstrueuses ", plus consensuelles même si chez Manset le degré de consensus correspond toujours à une marginalité assumée.

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computer help 18/12/2014 09:49

I am glad to know about this music band. The albums of this music band are hard to find over Internet. "He travels alone" is one of the best albums and I really enjoyed the quality of music.

Fab 08/05/2008 14:41

Cher Ami,
Nous ne nous connaissons pas mais puisque votre blog est
sympathique, je me dis que vous deviez l’être également
C’est en cherchant des infos sur l’album « Manset 1972 »
que je suis tombé sur cette page. J’ai beaucoup aimé votre chronique et quelques
jours après vous avoir lu, je suis tombé sur ce disque vinyle (que pour ma part
je possède déjà) vendu 20 euros dans un magasin parisien. J’ai alors repensé à
ce passage de votre chronique :
« Ce troisième
album de Manset est devenu un mythe pour les happy-fews connaissant l’artiste
et sa production. Cet opus sans nom, vendu si peu à sa sortie, n’a jamais eu
les honneurs d’une réédition et est aujourd’hui quasi-introuvable. »
Et à cet échange de commentaires postés à la suite du billet : 
C'est pas moi qui
t'aurais offert ce vynil?commentaire n° : 3
posté par : Joel le: 16/06/2006 19:52:41 Non toi c'était Rien à
raconter, mais si tu veux m'offrir Manset 72, ce sera avec plaisir !réponse de : Athalide
(site web) le: 23/06/2006 09:16:21
Ma générosité ne saurait aller jusqu’à vous offrir ce disque,
mais si ça vous intéresse, je peux vous indiquer où se trouve cette boutique. 
Bien cordialement,
F.

Athalide 03/06/2008 10:02


Je suis en effet intéressé par ce disque. Merci de m'indiquer par le biais de l'adresse suivante le magazin où il se trouve kukul05@yahoo.fr.
D'avance merci.


es 11/12/2006 15:51

C'est vrai que cet album a sa propre magie. Il est la jeunesse de manset et l'endroit ou la guitare fait son apparition après un orion ou il revait encore de devenir un roger waters. Contrairement à l'autre album blanc qui suivra, on est  dans l'avant névrose qui, il faut bien le constater, plaira tellement à certaines et à certains inconditionnels de manset. C'est un petit live en studio, léger, incisif et magique. A l époque, tout était encore possible entre ce personnage et son auditoire. C'est devenu plus compliqué maintenant.
 
Tout de meme, attention aux doses de manset consommées par jour. A mettre aussi hors de la portés des enfants.
Bonne contibuation.
 
es

Joel 16/06/2006 19:52

C'est pas moi qui t'aurais offert ce vynil?

Athalide 23/06/2006 09:16

Non toi c'était Rien à raconter, mais si tu veux m'offrir Manset 72, ce sera avec plaisir !

Joel 16/06/2006 19:51

C'est qui ce Manset? Il a dèjà fait des tournées au POPB?