CELINE - Mort à crédit

Publié le par Athalide

CELINE, Mort à crédit (1936)

Chez beaucoup le nom même de Céline provoque rougeurs, démangeaisons et protestations de pure forme : "  Quoi cet écrivain antisémite et raciste ! ". Souvent, ces jusqu’au-boutistes du " penser correct " sont ceux-là même qui, sans aucun pincement au cœur, se pâment devant les vertus affichées de la Coccinelle de Volkswagen pourtant conçue par le régime Nazi.

Céline est un immense écrivain. Qu’il fut également raciste et antisémite est évident, et alors ? Cela change-t-il la qualité de ses romans ? Bien évidemment, non. L’œuvre romanesque est là, elle existe, désormais presque en dehors de lui. Il ne faut pas nier la qualité – voire le génie – de l’écrivain, non plus que son antisémitisme. Au contraire, le cas Céline mérite d’être analysé en profondeur et nous interpelle sur les facteurs qui ont conduit cet humaniste (nous invitons les sceptiques à lire ou relire Le voyage au bout de la nuit) et cet esprit d’une rare finesse à sombrer dans ce délire raciste et antisémite. Ces préventions exprimées, ne boudons pas notre plaisir.

Mort à crédit, deuxième roman de Céline, fait scandale lorsqu’il paraît en 1936. La révolution stylistique débutée dans Voyage au bout de la nuit, se poursuit et s’accentue. Les phrases sont de plus en plus courtes, les recours à la ponctuation et aux interjections encore plus nombreuses. Céline triture la langue française, fait entrer le langage parlé dans la littérature, invente des mots, déconstruit, reconstruit à sa manière les phrases, impose un rythme. Après son passage, plus rien ne sera comme avant. Le style Céline marquera toutes les générations suivantes, tant du côté de ses laudateurs que de ses contempteurs.

Ce deuxième roman est encore d’une noirceur féroce, mais c’est également et malgré tout – ce qui n’est pas assez souvent souligné - un livre drôle. Céline raconte la jeunesse de son double littéraire Ferdinand : son enfance passage Choiseul, son séjour dans un pensionnat anglais, jusqu’à ses premiers pas dans le monde du travail comme apprenti. C’est au cours de ces pérégrinations qu’il croise la route d’un inventeur, bonimenteur et mystificateur génial - Courtial des Pereires - qui l’entraîne dans des situations tragi-comiques. Cet individu haut en couleur - un des personnages marquant de la littérature française - dont la truculence n’a d’égal que la roublardise marquera durablement le narrateur.

Certains ont reproché à Céline d’avoir travesti sa jeunesse à travers ses écrits, d’en avoir largement exagéré le caractère misérable en le suspectant d’affabulation et de mythomanie. Mais ces reproches ne sont pas fondés car Céline n’a jamais prétendu avoir écrit une autobiographie, ni prétendu à la vérité historique, ni à l’authenticité du récit. Il s’agit d’un roman et Céline a utilisé la matière première de sa jeunesse pour édifier une œuvre littéraire. D’ailleurs, il importe peu au lecteur de démêler le vrai du faux - pour cela lecture d’une biographie serait suffisante - il lui suffit de se laisser entraîner par le torrent déferlant de cette œuvre extraordinaire, entre roman initiatique et roman picaresque.

 

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Cécile 27/12/2006 14:27

J'ai découvert Céline par "le voyage au bout de la nuit" et je dois dire que je ne n'ai toujours pas réussi à détroner cette oeuvre.  "Mort à crédit" m'avait aussi beaucoup plu mais n'avais plus ce goût de découverte qui m'avait tant séduit auparavant.
En ce qui concerne la Pléiade, je sais qu'il existe un tome consacré au deux romans majeurs de Céline, mais je suis incapable de dire si l'oeuvre complète est disponible dans cette collection.

malouriÚs (lambert palis) 02/05/2006 17:53

bonjour et merci
merci pour cette compréhensionil faut donner envie de lire Céline.
Je pense qu'il ne faut pas séparer les différents aspects de son oeuvre et de sa vie...
je crois qu'en France on ne peut pas encore se procurer l'ensemble de ses écrits... Même la pléiade a dû choisir... vrai ou faux ? je retarde peut-être...