Lluis LLACH - Com un arbre nu

Publié le par Athalide

LLACH Lluis

Cet homme dont la grandeur d’âme inspire respect et admiration est un mythe vivant en Catalogne. Il restera pour beaucoup une des figures de proue de la résistance culturelle au franquisme. Fervent défenseur de la langue catalane, anti-franquiste zélé, il débute sa carrière de chanteur dans les rues de Barcelone. Pris sous l’aile de l’élite littéraire catalane (Les « 16 juges »), il va rapidement devenir l’un des musiciens les plus emblématiques de cette région avec des chansons empreintes de poésie et de révoltes. Une de ses chansons « L’estaca », charge contre le régime, échappée miraculeusement à la censure, est finalement interdite par les sbires du Caudillo, mais trop tard car elle est devenue entre-temps l’hymne anti-franquiste en Catalogne. Frappé d’interdiction d’interpréter cette chanson, il se joue de la censure en laissant le public chanter sur l’accompagnement lors des concerts. Llach ne s’arrête pas à ce coup d’éclat dans sa lutte contre la dictature. Il poursuit le combat avec ses mots, sa musique et ses idées. Mais, le régime franquiste resserre son étau et multiplie à son encontre les provocations de plus en  plus menaçantes. Afin d’éviter le pire, Llach est contraint de partir en exil en France reprenant le chemin emprunté par les Républicains espagnols durant la Guerre civile. Recueilli par les anciens, il s’installe à Paris et poursuit une carrière exigente. Cet homme discret et modeste vivra plus de trois ans en exil (bien qu’il refuse ce terme et préfère parler de « tourisme pour motivation politique », considérant que le véritable exil était l’expérience vécue par les Républicains espagnols) sans jamais d’ailleurs faire état de ses faits d’armes (on ose imaginer avec quelle pudeur Renaud se serait ouvert aux médias s’il lui était arrivé le centième des tracasseries de Llach)

Après la mort de Franco, Llach retourne dans une Espagne engagée sur la voie démocratique. Il est accueilli triomphalement. Celui qui fut un des symboles de la résistance à la dictature de Franco et à la tentative d’annihilation de la langue catalane est célébré en héros. Le Caudillo disparu, Llach va poursuivre sa carrière avec des albums tantôt de facture classique (l’excellent Torna aviat), tantôt ambitieux dans leur forme et leur propos (l’étonnant Astres, le réussi Un pont de mar blava). Il demeure un poète inspiré et un chanteur exceptionnel doué d’un don rare pour tisser des mélodies délicates et sensuelles aux orchestrations protéiformes. Difficile d’imaginer que derrière cette modestie et cette simplicité se cache un géant de la chanson, une sorte de Brel ibère, politiquement plus mature, ayant su prendre le train de la modernité et doté d’un public que beaucoup de rock stars aimeraient posséder (en juillet 1985, il chante devant 110 000 personnes dans un Camp nou surpeuplé. Preuve qu’il n’est pas indispensable de chanter des fadaises pour remplir des stades).

Sa popularité est telle en Catalogne que dans le dernier Astérix, les traducteurs catalans ont décidé de remplacer la référence à une chanson de Dutronc par une référence à « L’estaca » de Llach, chanson de tous les combats qui fut notamment reprise par Solidarnosc dans son bras de fer avec le régime communiste polonais.

 Com un arbre nu (1972)

Cançoneta (la gallineta) / Com un arbre nu / Comandante / Ma tristesa / A cavall del vent / Dona / Ningu sabia el seu nom (Madame) / Debilitas formidinis / Bon senyor 

Le choix d’un album de Lluis Llach s’avère difficile tant sa discographie recèle d’excellents disques (notamment l’exceptionnel et martial Campanades a morts, ou le superbe Torna aviat aux climats éthérés). Com un arbre nu paru en 1972, offre pourtant une bonne porte d’entrée dans l’univers de Llach. Ce troisième album débute par « Cançoneta (La gallineta) » qui sous des dehors légers contient une charge contre le régime franquiste. Avec cette innocente chanson comptant les mésaventures d’une poule, il parvient de nouveau à se jouer du pouvoir car là où la censure lit « jusqu’à la révulsion », le public comprend « jusqu’à la révolution » et fait de « La gallineta » un nouveau chant militant. Après un hommage réussi à la musique d’Amérique du Sud (et à Che Guevara ?)(« Comandante »), Llach livre une émouvante chanson d’amour délicates et fragiles (« Ma tristesa »). Et lorsqu’il se penche sur son passé, surgit le souvenir d’une touriste apportant avec elle les effluves de liberté aux jeunes espagnols sous le joug franquiste (« Ningu sabia el seu nom (Madame) »). Ce disque offre toute la palette de talents de Llach, passant de la chanson engagée (dont " Debilitas formidinis" au titre latin pour échapper à la censure) à l’instrumental inspiré, de la chanson anti-bourgeoise ironique et caustique (« Bon senyor ») et des titres plus rythmés permettant à Llach de faire admirer sa puissance d'interprétation ("A cavall del vent"). Ce disque atteste que Llach est un musicien de classe internationale, un géant dont la carrière n'est limitée que par la  fermeture d'esprit de tous ceux qui pensent que n'a droit de cité en musique que l'anglo-saxon. Triste époque où la diversité culturelle n'est tolérée que si elle s'exprime dans la langue dominante !

http://www.lluisllach.com/

 

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Athalide 12/07/2007 21:19

Voilà c'est chose faite. Compliment très beau site !

katia 12/07/2007 13:39

Bonjour !Serait-il possible que vous fassiez un lien vers mon site lluisllach.fr et je ferais de même, bien sûr....merci par avance

sans nom 01/05/2007 15:06

Salut, j'étais en train d'écouter l'album com un arbre nu. J'inerroge internet sur le sens des paroles et tombe sur ton site.J'avais oublié qu'en lisant tes mots je pourrais entendre ta voix. C'est bon!Une admiratrice sans nom ou plutôt avec trop de noms!!!!!

kfigaro 05/11/2006 22:37

Honte sur moi qui n'a jamais pris le temps de visiter ton blog... :?

C'est maintenant chose faite !

J'adore "Torna aviat" (que j'ai découvert en écoute sur le site du chanteur), effectivement il s'agit de climats très éthérés... très peu connu ce chanteur et c'est dommage, ça rappelle un peu certains titres de Jairo (de la même époque, ou de la fin des années 80)