Bill EVANS - You must believe in spring

Publié le par Athalide

EVANS Bill

Bill Evans (1929-1980) est un des pianistes majeurs de la scène jazz qui aura marqué de son empreinte un grand nombre de ses contemporains et dont l’influence continue de s’exercer auprès de la jeune génération. Il aura livré au jazz quelques standards (notamment « Waltz for Debby ») et apporté une sensibilité et des influences venues de la musique classique européenne (Debussy et Ravel notamment).

 You must believe in spring (1980)

B minor waltz (for Ellaine) / You must believe in spring / Gary ’s theme / We will meet again (for Harry) / The peacocks / Sometime ago /  Theme from M.A.S.H. (suicide is painless)

 

 

 

Un disque de jazz dans cette sélection étonnera les partisans du tout pop, cependant la seule écoute de cet album devrait calmer les velléités de rébellion des croisés anti-jazz. Bill Evans en pleine tourmente personnelle livre un disque habité par la présence d’être chers disparus tragiquement. Telle son ex-femme Ellaine, qui s’était suicidée en se jetant sous une rame de métro, à qui il dédie la composition ouvrant l’album (« B minor waltz »). Ce premier titre donne la tonalité du disque, une œuvre fondue au noir, d’une tristesse pathétique marquée par cette sensibilité particulière de Evans où la nostalgie se fait prégnante sans jamais sombrer dans un pathos outrancier. Après une magnifique reprise d’un thème tiré des Demoiselles de Rochefort (« You must believe in spring »), vient le moment le plus déchirant, « We will meet again » dédié à son frère qui vient de se donner la mort : véritable main tendue au travers des ténèbres, comme une promesse d’une rencontre dans un au-delà où se poursuivraient leurs discussions complices brutalement interrompues. Cette composition véritablement habitée par la tristesse et magnifiquement soutenue par la contrebasse tout en rondeur d’Eddie Gomez reste un des sommets de sa carrière. Evans a convoqué les ombres de son passé et parmi elles se trouve Scott Lafaro son brillant contrebassiste fauché en pleine jeunesse, 16 ans auparavant.  Alternant reprises (dont « Gary’s theme » « The peacoks » ; « Sometime ago ») et compositions personnelles, Bill Evans emmène son auditeur dans son univers d’affliction, jalonné d’épreuves douloureuses, avant de finir, de façon énigmatique, sur « Suicide is painless » (Le suicide est indolore), thème tiré du film MASH, qui clôt ce disque élégiaque, d’une beauté crépusculaire, habité par la mort.

Enregistré en 1977, il ne paraîtra qu’à titre posthume. Bill Evans à travers cet opus aura su transmuer son immense douleur en une musique bouleversante et pudique. Non, les grandes douleurs ne sont pas toujours muettes chez les êtres doués d’une sensibilité exacerbée.

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Boris Scheuermann 28/08/2016 14:01

Très bonne critique. J'adore cet album. ça doit faire vingt ans que je l'écoute. La portée de cette musique est universelle. Je ne connaissais pas les circonstances dramatiques de la généalogie de certains des morceaux. Grâce à ton éclairage je vais le réécouter attentivement et surtout le troisième morceau. Merci.