Roger WATERS - Amused to death

Publié le par Athalide

Ex-bassiste des Pink floyd, Roger Waters prend sa véritable mesure lors du départ de Syd Barrett, leader historique du groupe planant. Dès lors, Waters n’aura de cesse jusqu’en 1983 d’imposer sa marque sur le groupe et d’en faire sa " chose ", véhicule de ses névroses et de ses crises personnelles.

Dès The Wall (1979), les tensions entre Waters - de plus en plus replié sur lui - et le reste du groupe sont patentes, Waters ayant de plus en plus recours à des musiciens de studio pour jouer la musique qu’il a presque exclusivement composée. Après le décevant The final cut (1983), disque de Waters joué par les Pink floyd, le bassiste propose à Gilmour de continuer l’aventure Pink floyd avec lui mais sans les deux autres. Finalement, Gilmour, éternel prétendant au trône, fomente une révolte, s’assure de l’appui de ses troupes, écarte Waters et prend les rênes du groupe. S’ensuivra une bataille judiciaire exténuante sur l’utilisation du nom Pink floyd (Waters déniant aux autres le droit d’utiliser le nom du groupe sans lui), puis sur l’utilisation des chansons composées par Waters, jusqu’à l’utilisation des figurines de caoutchouc sur scène. Finalement, ce marathon judiciaire prendra fin par un gentleman agreement.

Depuis le départ de Waters, le floyd est devenu une immense machine à engranger des bénéfices et à générer de la nostalgie au travers de shows dont la démesure n’a d’égal que la vacuité. Ce groupe prestigieux, dont l’organisation ressemble davantage à une assemblée générale de Société Anonyme qu’à l’image que l’on peut se faire d’un groupe de rock (l’un des membres – le claviériste Nick Wright – n’ayant plus aucun droit sur les décisions du groupe, puisque devenu simple salarié de la société Pink floyd) n’est plus que l’ombre de lui-même. Aujourd’hui, à lui seul, Pink floyd est devenu le symbole de la douloureuse évolution subie par la pop-music depuis le milieu des années 80 : un monde où le pouvoir de l’argent a pris le pas sur la création. Et dire que Pink floyd était le groupe planant par excellence, symbolisant le rejet d’un certain type de société trop matérialiste et en manque d’utopie… On croit rêver !

 En juillet 2005, le public londonien médusé assistera, le temps de quelques chansons, au retour de Waters dans son groupe d’origine. Waters  saisira l’occasion pour rendre un hommage appuyé à Barrett, enfermé depuis si longtemps dans sa prison mentale.

En septembre 2005, paraît Ça ira comédie musicale dont les paroles sont dues à Etienne Roda-Gil et la musique à Roger Waters. Un sujet de sa très gracieuse Majesté participant à la célébration de la Révolution française, le tableau est plus qu’étonnant !

Waters n’ayant pu empêcher judiciairement l’utilisation du nom Pink floyd pour la sortie de A momentary lapse of reason (1987) continue à sortir épisodiquement des albums de qualité, poursuivant hors Pink floyd, le travail mené en son sein. Si tous les albums sortis sont intéressants (The pros..., Radio kaos) on évitera pourtant les concerts qui présentent peu d’intérêt, d’autant plus que Waters cède bien souvent sur scène sa place de chanteurs à d’autres musiciens.

  

Amused to death (1992)

The ballad of Bill Hubbard / What god wants, part I / Perfect sens, part 1 / Perfect sens, part 2 / The bravery of being out of range / Last home tonight part 1 / Last home tonight part 2 / Too much rope / What god wants, part II / What god wants, part III / Watching TV / Three wishes / It’s a miracle / Amused to death

Voilà un album concept jubilatoire, à la production excellente, servis par des  musiciens inspirés, parmi lesquels on retrouve avec plaisir et en pleine forme Jeff Beck aussi bon dans les chorus incisifs que dans les soli planants. Même si la voix de Waters s’est encore un peu plus éraillée et a perdu en puissance, elle parvient tout de même à être convaincante, intelligemment soutenue par des choristes de haut rang. Côté musique, il y avait bien longtemps (depuis The wall ?) que Waters ne nous avait pas livré autant de compositions aussi exceptionnelles, apportant une variété de climats auquel il ne nous avait jusque-là pas habitué entre Pink floyderie assumée et détournée (un début à la " Meddle " ponctué de cette assassine sentence adressée aux fantoches Pink Floyd : " Don’t be afraid, it’s only business… "), ballade bucolique, incitation à la flânerie, rock lourd et musique planante. Les thèmes abordés, les climats variés, l’art des transitions, le génie des climats (quelle maîtrise dans l’insertion de sons de la vie quotidienne) et la qualité sonore de l’ensemble rendent le disque indispensable. Côté textes, là encore, une bonne surprise attend l’auditeur. Waters délaisse l’exploitation de ses névroses personnelles ou la conceptualisation - pas toujours intéressante - de ses idées baroques (cf. son premier album solo) et aiguise sa plume contre les dérives du monde livré aux délires des prédicateurs, de la religion, des va-t-en guerre. Les modes de vie occidentaux sont éreintés par l’ex-bassiste des Pink Floyd, tantôt avec un humour bienvenue (" What god wants"), tantôt avec une ironie poignante, notamment pour l’extraordinaire " It’s a miracle " dont la désillusion n’est jamais absente (" Nous avons des hangars de beurre, des océans de vins, nous avons la famine quand nous en avons besoin "), la chanson entrecoupée par un refrain aussi lancinant qu’entêtant (" C’est un miracle, un autre miracle, par la grâce de Dieu tout puissant et la pression des marchés financiers ") qui renforce l’absurdité de ce monde.

À l’écoute on pense à la grande époque des Floyds. Ce n’est pas pour autant un album passéiste, bien au contraire ! Waters fait preuve d’innovation et sa musique est habitée par une vision ; soutenue par une idée. Waters démontre qu’une certaine sophistication de la musique n’est pas un frein à l’émotion pure. Amused to death prouve surtout que Waters a été enterré trop vite et qu’il reste un des musiciens les plus intéressants de la scène actuelle avec ou sans Pink floyd.

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le_pir 27/01/2008 17:21

Je suis tout a fait d'accord avec ton commentaire. Amused to death est de mon point de vue le meilleur album de Waters, periode Pink Floyd incluse... C'est clair que la comparaison avec Division bell, sortit a peu pres a la meme epoque, ne laisse peu de chances a ce dernier...
"What god wants" est d'une puissance jamais atteinte, "the bravery of being out of range" est genial. Cet album est encore tout a fait credible et gagne au fur des annees de la credibilite. J'aime particulierement le "And the german kill the jews, and the jews kill the arabs, and the arabs kill the hostages, AND THAT IS THE NEWS".... Comment mieux resume le monde dans lequel on vit???
 
 

jojo 22/01/2008 15:31

tres bon travail de notre mis en effet, une reformation n'etant pas en vue j'esper qu'il va nous sortir d'autre L.P

Ray 16/04/2007 06:39

Ouah la vache, déjà 15 ans !!!!! C'est vrai qu'il ne fait pas son âge !!N'empêche que je n'aime pas du tout les premières chansons (trop pop et la rythmique trop lourde)Ah ! mon cher Waters, pourquoi mets-tu tant de temps à faire d'autres albums........

Fab de l An Mil 18/11/2006 00:32

D'accord avec toi à 100% sur ATD!!
Plus de quinze ans après sa sortie, cet album n'a pas pris une ride : même la qualité su son "Qsound" reste impressionnante.

Azo 06/06/2006 19:20

Assurement mon prefere mais j'apprecie aussi beaucoup Radio Kaos et cette nuit qui ne finit pas.