MAGMA - Attahk

Publié le par Kul

Magma et son démiurge Vander sont inclassables, ni tout à fait pop, ni tout à fait jazz, ni même classique. Ils ont imposé un univers, des codes, une langue, une mythologie et une musique synthèse de différents courants du XXe siècle entre Coltrane et Stravinsky, Jazz rock et pop-rock. Magma, expérience à part à base d’exigence et de combat, est avant tout une quête d’authenticité, de pureté. Une machine de guerre édifiée pour imposer une certaine idée de la musique, loin des contingences commerciales, du star-system et du milieu cloisonné du jazz. Une machine pour faire exploser les frontières musicales et qui malgré ses rites et ses codes affiche une vocation universelle, entre chanson de geste et compagnonnage initiatique. Magma est aussi une formidable pépinière de talents, un all-stars sans stars, véritable creuset ayant réuni en son sein quelques-uns des meilleurs techniciens  et requins de studios (Bernard Paganotti, Guy Delacroix, Jannick Top, Didier Lockwood). La section rythmique impressionnante de rigueur, d’intensité et d’imagination est mise au service d’une musique raffinée, difficile et exigente faite de tensions et d’explosions brusques et soudaines. Magma après près de trente ans d’existence et un seul faux pas, continue de creuser son sillon dans le silence médiatique le plus total, sans doute Vander sait-il que le temps lui donnera raison envers et contre tous s’il le faut.

 Attakh (1977)

The last seven minutes / Spiritual / Rindë / Liriïk necronomicus Kanht / Maahnt / Dondai / Nono

Attahk n’est peut-être pas l’album le plus habité de Magma, les puristes lui préféreront sans doute Mekanïk Destructïw Kommandöh (1973), mais il offre néanmoins une bonne synthèse de ce que représente Magma et une excellente porte d’entrée dans cet univers unique et cohérent. Loin des longs développements habituels, l’album est constitué de titres courts (pas plus de sept minutes) et efficaces d’une beauté évidente pour qui y prête un minimum d’attention. Entre respiration et déchaînement vital, cet album contient quelques-uns des titres les plus violents de toute l’histoire de la pop. Loin de la violence théâtrale, vaine, frénétique - voire comique - des groupes de Hard-rock, celle de Magma est un déchaînement maîtrisé d’une force contenue. La section rythmique est impressionnante de cohésion, de vélocité et de puissance, mais le plus remarquable réside dans la performance vocale de Vander, qui fait preuve d’un sens du placement et de la nuance oscillant entre prière incantatoire et scat véloce, negro spiritual et blues post-moderne. Il démontre qu’il n’est pas seulement un très grand batteur mais également un immense chanteur doublé d’un compositeur accompli. Entre des compositions magmaïenne, Vander rend un hommage appuyé au Gospel, avant d’achever l’album sur un morceau sombre et oppressant qui parachève un album parfait de bout en bout.

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jonas 12/12/2008 11:12

Tout ça est trés vrai...Bien peu de musiciens savent donner ce que donne Magma sur scéne, pour les avoir vus de nombreuses fois dans différentes formations j'ai envie de dire que l'enregistrement ne peut que trahir cette musique. Le disque peut paraître rebutant, on sort du concert avec des semelles de nuage.  Quand aux chorus de batterie de Christian Vander, ce n'est pas de la batterie, c'est l'âme d'un musicien dévoilée qui cache sa nudité derrière son instrument.