Curtis MAYFIELD - Back to the world

Publié le par Kul

Ancien membre – et cheville ouvrière – des Impressions, il faut attendre ses débuts en solo pour que Curtis Mayfield donne la réelle mesure de son immense talent. Il entre triomphalement dans les années 70, en livrant à un rythme soutenu des albums de haute volée caractérisés par des arrangements innovants, riches et sophistiqués soutenus par une voix au timbre très particulier.

Il fait durant les cinq premières années de la décennie 70 un parcours sans faute, enchaînant les albums de qualité. Ainsi, son premier opus Curtis à la production impeccable lui permet de truster en 1970 les hits-parades mondiaux avec son tube inoxydable « Move on up ». Par la suite, le bon Roots (1971) et surtout la très remarquée bande originale du film Superfly (1972) lui permettent de s’affirmer comme une valeur sûre de la musique soul. Mais loin de s’endormir sur ses lauriers, Curtis poursuit ce brillant parcours grâce à l’excellent Back to the world (1973).

Ses dernières livraisons jusqu’en 1975 (avec notamment There’s no place like America today) présentent encore beaucoup d’intérêt. Puis, Curtis Mayfield se tourne vers une musique plus consensuelle et moins originale, sombrant souvent dans une facilité à laquelle il n’avait, jusque là, pas habitué son public. De la soul on le voit progressivement céder aux sirènes du disco (v. le très dansant « You are you are ») musique dont, d’une certaine manière, il avait contribué à poser les jalons.

Au début des années 80 la popularité de Curtis Mayfield décline, mais sa redécouverte par les rappers, qui samplent à tour de bras son œuvre, permet au chanteur à la voix d’or de sortir d’un quasi-anonymat. Il continue alors à publier de nombreux albums sans pourtant renouer avec l’état de grâce du début des seventies. Continuant inlassablement à défendre sa musique sur scène à la tête d’une jeune formation, c’est lors d’un concert qu’un accident va faire basculer sa vie. La chute d’une rampe d’éclairage au cours d’une prestation scénique le rend tétraplégique et le cloue jusqu’à sa mort dans un fauteuil roulant. Mais il en faut plus à Curtis pour le réduire au silence. Il poursuit son travail en studio (dont le remarqué New world order). Mais sa santé reste chancelante et son diabète contraint le corps médical à l’amputer d’une jambe. Finalement, la mort en décembre 1999, finit par avoir raison d’un des musiciens les plus doués de sa génération.

En France, Curtis Mayfield fait figure d’inconnu en comparaison de l’impact qu’eurent Marvin Gaye ou Isaac Hayes. Son influence est pourtant énorme et son apport à la musique, indéniable et considérable. Avec Norman Whitfield (arrangeur notamment des Temptations) il aura contribué à renouveler les bases des orchestrations et des arrangements de la musique pop. Rien qu’à ce titre seulement il mériterait des remerciements éternels. Mais il fit encore beaucoup plus, en nous léguant quelques chefs d’œuvres insurpassables. C’est dire combien il mérite notre reconnaissance.

Figure de proue d’une soul élégante, sensuelle et adulte dans laquelle les préoccupations politiques de l’époque et les revendications sont toujours très présentes, Mayfield mérite d’être redécouvert et estimé à sa juste valeur : inestimable.

 

 

 Back to the world (1973)

Back to the world / Future Shock / Right on for the darkness / Future song / If I were only a child again / Can’t say nothin’ / Keep on trippin’

            Un des sommets de la carrière de Curtis Mayfield et un des sommets de la musique pop. Des arrangements à faire pâlir d’envie n’importe quel musicien d’aujourd’hui, reflet d’une époque (eh, oui ça a existé !) où les maisons de disques et les artistes ne lésinaient pas sur les moyens. Une section rythmique à tomber (qui font passer le batteur et le bassiste des Rolling stones pour de sinistres amateurs) des cuivres percutants, des violons au charme discret et une guitare rythmique – tenue par Curtis lui-même – qui nous rappelle combien son style de jeu fut innovant et copié sans vergogne par les générations suivantes.

            Les textes très souvent engagés sont à l’image de la musique : d’une finesse et d’une efficacité redoutable. Curtis convoque l’Amérique et lui renvoie au visage sa face obscure, celle des opprimés et des oubliés du système. Ce Retour au monde n’est pas celui de l’Amérique triomphante mais un monde dur et cruel, celui des ghettos noirs, celui de la boue des rizières du Vietnam (« Le soldat n’a pas de boulot de retour au monde » chante-t-il) .

            Ce monde de ténèbres, Curtis le chante avec douleur mais sans résignation. Porte-parole des déshérités et des laissés pour compte, ce chroniqueur attentif cède parfois au découragement. Incrédule devant cette somme de douleur et de misère (« Oh, la la la la, c’est si dur, c’est si dur / C’est si dur, la vie est si dure / On m’a cogné et cambriolé (…) » [Back to the world]), on le surprend au détour d’un couplet à regretter le monde rassurant de l’enfance, seule échappatoire à cet univers violent : « Si seulement j’étais à nouveau un enfant / Je ne voudrais jamais m’aventurer encore / Dans une vie comme celle là » (If I were only a child again).

   Quant à « Right on for the darkness », extraordinaire morceau de bravoure, chef d’œuvre absolu d’une noirceur abominable, il aura raison des plus sceptiques quant au talent de Curtis, tant elle recèle en elle tous les apports que la musique moderne doit à ce musicien raffiné et exigent.

         

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fantÎme 27/04/2006 21:03

manque juste "the queen is dead " des  Smiths
 
sinon c'est pas mal !
 
 

Athalide 28/04/2006 23:02

Te voilà démasquer fan mystérieux des Smiths !!